Je remercie les premiers lecteurs qui m’ont écrit, certains qui me sont connus, d’autres qui me sont inconnus. Continuez. J’essayerais de répondre à chacun, même brièvement.

J'ai reçu hier le courrier électronique d’une lectrice : "Je l’ai terminé ce matin après l'avoir lu de a à z et dans l'ordre. Depuis tout à l'heure, j'en ai (à la lettre) le souffle et les jambes coupés. L'audace, c'est d'abord d'avoir entrepris de "traduire" "ça" "comme ça", et de l'offrir à la lecture de qui voudra. A ce stade, est-ce encore "un livre" ?! N'est-il pas réducteur de le présenter comme tel ? "Y'a pas que d'la pomme" disaient les tontons flingueurs d'une certaine eau-de-vie qui leur arrachait la gorge et les tripes, dans la scène culte de la cuisine."

Et bien!... En tout cas, "y’a pas que d’la pomme", y'a de la betterave aussi.

En l’écrivant, je cherchais à émouvoir et à bouleverser. Et même, qui sait, que l’on pleure de joie. N’était-ce pas présomptueux ? Peu importe, je me suis permis ce livre. Ceux qui l’ont déjà lu savent que "se permettre" est le maître-mot du livre. Il est construit comme un puzzle. Pendant deux mois, le maquettiste des Editions du Seuil a travaillé avec soin sur la mise en page car la forme même doit susciter une certaine perplexité (en anglais to puzzle : intriguer). Chaque paragraphe, même s’il est encadré par d’autres paragraphes, forme une pièce unique. Le lecteur ne le comprend pas tout de suite et puis, au fil de la lecture, il voit bien que certains paragraphes s’emboîtent et d’autres non. Curieux, il continue se demandant quelle figure va se dessiner à la fin. Et puis, non, quelque chose ne marche pas. Il manque quelque chose. Enfin le déclic surgit, le lecteur comprend : il est la pièce manquante du puzzle. Le livre ne peut se lire que s’il participe au livre, au risque d’en avoir le souffle coupé. Car le véritable sujet du livre, c’est bien le lecteur lui-même.

Jean Lefebvre : "Vous avez beau dire, y'a pas seulement que de la pomme, y'a aut'chose. Ça serait pas des fois de la betterave, hein ?"
Lino Ventura : "Si, y'en a aussi."
Les tontons flingueurs (1963)

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