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J'ai deux kôans à vous dire...
Le blog zen d'Éric Rommeluère

Vendredi 13 Avril 2007

Le retour

Retour sur Paris. Dans le train, j’ai pu lire le très bel ouvrage du philosophe Henri Maldiney, Penser l’homme et la folie, qui vient d’être réédité par son éditeur Jérôme Millon. Bon, le livre n’est pas des plus simples à lire, mais il est passionnant. Il s’agit d’un recueil d’articles paru pour la première fois en 1991 où Maldiney tente de penser phénoménologiquement la folie. Je pourrais résumer sa thèse en la simplifiant : ceux qu'on appelle les "fous" ne sont pas à même de vivre une dimension d’ouverture naturelle au présent. La compréhension de la présence, à soi, au monde, à l’autre, est au cœur de l’ouvrage.

Un extrait :
"Supposez que vous attendiez à la gare ou à l’aéroport un être qui vous est cher. Attendre quelqu’un est-ce s’attendre à son arrivée ? Les mots répondent d’eux-mêmes. S’attendre à un événement c’est s’attendre soi-même, à cet événement, comme à un rendez-vous qu’on se donne avec soi. Quand l’événement se produira, vous serez en présence d’un futur passé. Or si celui ou celle, si la personne que vous attendez répond à cette attente, vous êtes déçus. Il vous manque la surprise qui excède toute prise et qui est la marque de la réalité. Le réel est ce qu’on n’attendait pas, qu’on ne peut pas attendre, et qui, sitôt paru, est depuis toujours là."
Henri Maldiney, Penser l’homme et la folie, Editions Jérôme Millon, 2007, p. 257.


Eric - 10:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 1 commentaire

Mardi 20 Février 2007

Mordicus

J'étais invité ce matin à parler de bouddhisme et de zen dans l'émission Mordicus diffusée sur La Première (Radio Suisse Romande), l'équivalent de France-Inter pour la Suisse francophone.

La journaliste, loin d'être mordante ("mordicus" en latin), était au contraire pleine de sensibilité. Ce qui, parfois, fait plaisir. L'émission était en direct avec des interviews préenregistrées de Jérôme Ducor, bonze de l'école japonaise Jôdô Shinshû, et de Lionel Obadia, anthropologue et sociologue. Le témoignage, de Jérôme Ducor était également fort sensible. J'ai beaucoup aimé.

Vous pouvez écouter le podcast de l'émission, il suffit de cliquer, sélectionnez dans la grille 20 février 2007 puis "Mordicus". Attention il dure une heure et demie !

Eric - 16:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mardi 13 Février 2007

Et Dieu dans tout ça ?

est une émission de La Première (radio belge du réseau de la RTBF) consacrée aux philosophies et aux religions. J'étais interviewé par Jean-Pol Hecq dans l'émission de dimanche dernier 11 février.

Vous pouvez écouter mon intervention dans ce premier podcast (8 minutes) :



Et même l'intégralité de l'émission qui était consacrée au créationnisme (58 minutes ci-dessous) :




Eric - 10:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 1 commentaire

Vendredi 26 Janvier 2007

Les bouddhas naissent dans le feu (2)

Je remercie les premiers lecteurs qui m’ont écrit, certains qui me sont connus, d’autres qui me sont inconnus. Continuez. J’essayerais de répondre à chacun, même brièvement.

J'ai reçu hier le courrier électronique d’une lectrice : "Je l’ai terminé ce matin après l'avoir lu de a à z et dans l'ordre. Depuis tout à l'heure, j'en ai (à la lettre) le souffle et les jambes coupés. L'audace, c'est d'abord d'avoir entrepris de "traduire" "ça" "comme ça", et de l'offrir à la lecture de qui voudra. A ce stade, est-ce encore "un livre" ?! N'est-il pas réducteur de le présenter comme tel ? "Y'a pas que d'la pomme" disaient les tontons flingueurs d'une certaine eau-de-vie qui leur arrachait la gorge et les tripes, dans la scène culte de la cuisine."

Et bien!... En tout cas, "y’a pas que d’la pomme", y'a de la betterave aussi.

En l’écrivant, je cherchais à émouvoir et à bouleverser. Et même, qui sait, que l’on pleure de joie. N’était-ce pas présomptueux ? Peu importe, je me suis permis ce livre. Ceux qui l’ont déjà lu savent que "se permettre" est le maître-mot du livre. Il est construit comme un puzzle. Pendant deux mois, le maquettiste des Editions du Seuil a travaillé avec soin sur la mise en page car la forme même doit susciter une certaine perplexité (en anglais to puzzle : intriguer). Chaque paragraphe, même s’il est encadré par d’autres paragraphes, forme une pièce unique. Le lecteur ne le comprend pas tout de suite et puis, au fil de la lecture, il voit bien que certains paragraphes s’emboîtent et d’autres non. Curieux, il continue se demandant quelle figure va se dessiner à la fin. Et puis, non, quelque chose ne marche pas. Il manque quelque chose. Enfin le déclic surgit, le lecteur comprend : il est la pièce manquante du puzzle. Le livre ne peut se lire que s’il participe au livre, au risque d’en avoir le souffle coupé. Car le véritable sujet du livre, c’est bien le lecteur lui-même.

Jean Lefebvre : "Vous avez beau dire, y'a pas seulement que de la pomme, y'a aut'chose. Ça serait pas des fois de la betterave, hein ?"
Lino Ventura : "Si, y'en a aussi."
Les tontons flingueurs (1963)




Eric - 10:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 2 commentaires

Jeudi 11 Janvier 2007

Les bouddhas naissent dans le feu

Les bouddhas naissent dans le feu, dont vous voyez à droite la couverture, est disponible en librairie. Vous le trouverez en vente dans les réseaux Fnac, La Procure, Virgin, etc.

En le feuilletant brièvement, sans doute penserez-vous que l’on y parle de bouddhisme et de zen. En réalité, le véritable sujet est tout autre. Je vous laisse le découvrir au fil des pages. En l’écrivant, je m’étais fixé un triple objectif : que la poésie, l’audace et la tendresse résonnent à chaque ligne. Y suis-je arrivé ?

Si vous avez un peu de temps, écrivez-moi, dites-moi comment vous l’avez lu et… quel est, selon vous, le sujet du livre.

Voici toutes les références nécessaires pour le commander chez votre libraire habituel :

Titre : "Les bouddhas naissent dans le feu"
Auteur : Eric Rommeluère
Editeur : Editions du Seuil
Collection : hors collection
Distributeur : Volumen
Date de parution : 11 janvier 2007
ISBN-13 : 978-2-02-091356-0
ISBN-10 : 2-02-091356-9
Prix : 19 euros

Eric - 14:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 11 commentaires

Jeudi 04 Janvier 2007

Eloge de la fragilité

J'aime les livres du québécois Pierre Bertrand, trop peu connu en France. La découverte de ses ouvrages, voici deux ans, a été pour moi un véritable bouleversement. Pierre Bertrand enseigne la philosophie dans un collège de la province de Québec. Il dit surtout avec des mots simples et beaux tout ce que pourrait dire le zen s'il parlait une langue occidentale. Ses livres me font pleurer de joie et de bonheur. Car il touche au cœur et dit le vrai. Paru en 2000, Eloge de la fragilité est bouleversant de justesse. Un extrait :

"Combien nous sommes fragiles ! Combien un rien peut nous déboussoler, nous déséquilibrer ! Comment parvenons-nous à vivre, fragiles comme nous sommes ? Notre force est notre faiblesse. Nous sommes trop conscients, trop sensibles. Nous nous installons dans des habitudes, comme un enfant. Nous y trouvons une sécurité, illusoire malheureusement. Cette sécurité peut si facilement être remise en question. Après avoir trôné au ciel, nous sommes précipités dans les gouffres de la terre. Nous devons nous relever si nous voulons continuer à avancer. Mais nous avançons comme nous marchons sur la terre. Notre point d'arrivée est notre point de départ. Mais l'important, c'est précisément ce qui se passe entre les deux. Tout le sens se trouve entre deux absurdités. Si l'on regarde le point de départ et le point d'arrivée en effet, la question se pose : à quoi bon ? Tout ce qui peut arriver de bon, à savoir de joyeux, se trouve entre les deux." (Eloge de la fragilité, Montréal, Editions Liber, 2000, p. 148)

Je lis sur le site d'Amazon.fr que le livre serait actuellement en rupture de stock chez l'éditeur. Essayez éventuellement à la librairie du Québec, 30 rue Gay-Lussac 75005 Paris.

Eric - 10:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mardi 19 Décembre 2006

Chögyam Trungpa, une révolution bouddhiste

J’achève la lecture du nouveau livre de Fabrice Midal intitulé Chögyam Trungpa, une révolution bouddhiste (Paris, Editions du Grand Est, 2007). Ce livre rassemble cinq articles sur la pensée et l’œuvre du maître tibétain Chögyam Trungpa (1939-1987), écrits entre 1996 et 2006, quoi qu’ils aient été relus, modifiés et parfois remaniés pour cette nouvelle publication. Généralement, la compilation d’articles ou de conférences sous forme de livre forme un genre mineur. Pourtant, Fabrice Midal signe là l’un de ses plus beaux ouvrages, sinon son meilleur, à la croisée de la poésie, de la philosophie et du bouddhisme. Il y explore avec force le sens de l’existence humaine à l’écoute de Chögyam Trungpa.

Chaque article a évidemment son autonomie et il me faudrait une nouvelle relecture pour pouvoir les résumer un à un. Le dernier, "Approche bouddhiste et phénoménologique des émotions", texte d'une conférence donnée en octobre 2006, a ma préférence. Comme Fabrice Midal l’écrit si bien, le bouddhisme ne peut pas être une simple technique du calme mental. Le bouddhisme propose bien autre chose. Il nous invite à nous dénuder, à entendre ce que disent réellement nos sensations, nos émotions, nos pensées, à apprendre d’elles, de leur folie comme de leur sagesse. Pour qu’enfin, nos vies soient converties à la joie.

Nous sommes là, immanquablement confrontés aux questions de l’existence : la vie, la mort, la détresse. Le plus souvent, nous les occultons, faisant semblant d’oublier notre fragilité. Il suffit pourtant d’un rien pour la révéler. Le bouddhisme est une manière d’entrer en relation avec sa propre fragilité comme avec la fragilité du monde. L’ouverture du cœur et la tendresse sont nécessaires. Il ne s’agit pas de refuser, de dénier nos faiblesses ou nos égarements mais, au contraire, de laisser se déployer une autre qualité d’être à leur écoute.

Un extrait de Chögyam Trungpa, une révolution bouddhiste (p. 164, la dernière page du livre) : "Pour entendre le sens de cet enseignement, il faut complètement couper au travers de notre désir de nous en sortir, d’être du bon côté, de celui de ceux qui sont dans le vrai, de garder le plaisir et de rejeter la douleur. Car, telle est la logique du moi, qui rend précisément inaudible la vérité des émotions."

Vous pouvez commander l'ouvrage directement auprès des Editions du Grand Est (règlement par chèque, frais de port gratuit) ou ici si vous réglez par carte bancaire.

Eric - 10:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 1 commentaire

Mardi 24 Octobre 2006

Maîtres et disciples

Puisque nous parlons de maître et de disciple, je ne peux que recommander la lecture du très beau livre de George Steiner, Maîtres et disciples (Paris, Gallimard, 2003), où celui-ci explore d'une plume limpide cette relation. Il distingue trois modèles : "le maître détruisant son disciple, le disciple qui trahit ou détrône son maître, l'arc électrique de la foi partagée et de la paternité" (p. 136). Un extrait :

Pour simplifier, on distingue trois grands scénarios, trois structures de relations. Des maîtres ont détruit leurs disciples, sur un plan psychologique et, plus rarement physique. Ils ont brisé leur ardeur, consumé leurs espoirs, exploité leur dépendance et leur individualité. Le domaine de l'âme a ses vampires. En contrepoint, des disciples, des élèves, des apprentis ont subverti, trahi et ruiné leurs maîtres. Là encore, ce drame possède des attributs aussi bien mentaux que physiques. A peine élu recteur, un Wagner triomphant reconduira le Faust moribond, son ancien magister. La troisième catégorie est celle de l'échange, d'un eros fait de confiance réciproque et, en vérité, d'amour (le "disciple aimant" de la Cène). Par un processus d'interaction, d'osmose, le maître apprend de son disciple lors même qu'il enseigne. L'intensité du dialogue engendre l'amitié au sens le plus haut du terme. Il peut engager et la clairvoyance et la déraison de l'amour. Songez à Alcibiade et Socrate, Héloïse et Abélard, Arendt et Heidegger. Il est des disciples qui se sont sentis incapables de survivre à leurs maîtres. (p. 11-12)

Un ouvrage sur les beautés mais aussi sur les embûches et les dangers de cette relation. Quelques pages sont consacrées au zen. C'est un peu philo mais d'une lecture assez accessible.

Le livre est publié en poche depuis peu : Editions Gallimard, Folio Essais, septembre 2006.

Eric - 10:00 - rubrique Bouquins - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

En bref...

J'ai 47 ans, je vis à Paris où j'enseigne le zen. Le reste à découvrir ici ou ailleurs...
Pour m'écrire :
eric[@]zen-occidental.net

Pour en savoir plus sur les méditations et les retraites :
Un Zen Occidental, 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris.
Tél. : 01 40 44 53 94.
info[@]zen-occidental.net



Aux Editions du Seuil (2007)
(cliquez sur la vignette) :





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