Le monde des enfers Version imprimable

Quelqu'un m'écrit :

Un moine zen dont j'ai oublié le nom disait : "Il est facile d'entrer dans le monde des bouddhas, il est difficile de rentrer dans le monde des enfers." Pour ma part, le monde des enfers, je n'ai eu aucune difficulté à y entrer, c'est rentrer dans le monde des bouddhas qui me parait difficile.


Le Bouddhisme engagé ? C’est maintenant ! Version imprimable

La crise économique apparaît de plus en plus comme la partie émergée d’une crise de civilisation fondamentale. Celle-ci questionne notre vivre ensemble – avec les autres êtres vivants – sur la planète Terre. Que faire face à l’immense souffrance qu’elle engendre ? Comment inverser le cours de la destruction croissante de nombreuses espèces animales et végétales ? Quelle économie pour le XXe siècle ? Comment transmuter les égoïsmes personnels ou collectifs afin d’établir ensemble les fondations d’un vaste engagement social bouddhiste ?

C’est en posant ces questions que six communautés de pratiquants : Dana, Rimay International, Shambhala, Terre d’Éveil, Un Zen Occidental, Zen-Voie du Cœur unissent leurs efforts et vous invitent à un week-end de pratique et d’échanges – de méditation et de Cercles de Parole et d’Écoute – afin de joindre nos aspirations et nos compétences pour faire émerger de nouvelles formes d’engagement et d’actions.

Ce weekend inclura des temps de méditation, des contemplations guidées, des témoignages d’activistes et d’acteurs de l’action sociale : François Chouquet, philosophe et ancien directeur de la Section des étudiants empêchés (étudiants en Prison) d’Ile de France (Paris VII), Ida Naprous, enseignante et médiatrice, Emmanuel Ollivier, intervenant auprès de personnes en situation de grande précarité, Catherine Pagès, enseignante du Zen et fondatrice du Centre Dana, qui, durant sept ans, a accompagné des personnes en fin de vie à la Maison Médicale Jeanne Garnier. Seront présent trois enseignants : Shastri Catherine Éveillard, Eric Jiun Rommeluère, Michel Genko Dubois.

Des Cercles de Parole et d’Écoute, porteront sur deux thématiques : Méditation et Action, Exclusion et Hospitalité. Ils nous permettront d’exprimer nos aspirations profondes et de faire apparaître les actions que nous souhaitons développer ensemble.

Cet atelier s’adresse aux pratiquants qui sont impliqués ou qui souhaitent s’engager dans des actions sociales.

Centre Dana
22 avenue Pasteur - 93100 Montreuil M° Mairie de Montreuil
Le 17 mars et 18 mars 2012
Samedi 17 Mars de 8h30 à 18h. Accueil/café 8h30 - Méditation 9h
Dimanche 18 mars de 8h30 à 14h
Nous clôturerons ces deux journées par un repas festif (banquet).

Inscription et participation financière
Il est recommandé de participer à tout le week-end.
L'inscription à ce weekend est nécessaire car nous ne disposons que d'un nombre de place limité. La participation demandée pour le week-end est de 40€. Faites-nous parvenir votre chèque libellé à l'ordre de Zen Voie du Cœur, à l'adresse suivante : Zen Voie du Cœur, 22 avenue Pasteur 91300 Montreuil

Veuillez, s’il vous plait, inscrire un email au dos du chèque ou sur un post-it afin que l'on puisse vous joindre ou vous répondre. Les inscriptions seront acceptées dans l’ordre reçu.
En cas de difficulté financière, veuillez nous contacter par mail à l’adresse bouddhisme.action@gmail.com. Vous pouvez également appeler Emmanuel au 06 16 99 60 68.
Les revenus de cette journée seront alloués à une action ou une association qui pourrait naître de notre travail.
Un autre weekend sur le bouddhisme engagé est prévu les 9 et 10 Juin au Centre Shambhala de Paris.
 
Ce qu'il faut apporter
Un vêtement de pluie pour la méditation en marchant qui se déroule en extérieur.
Des chaussettes chaudes (on enlève ses chaussures dans l’entrée de la maison).
Des zafus (coussins de méditation) seront disponibles ainsi que des chaises pour les personnes qui préfèrent une assise à l'occidentale ; les personnes qui le souhaitent peuvent également apporter un banc de méditation.

Repas de midi
Les déjeuners sont inclus dans le prix du week-end et sont préparés sur place.

Renseignements complémentaires
Emmanuel : 06 16 99 60 68 - bouddhisme.action@gmail.com


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dons novembre 2011 Version imprimable

Dons reçus :
Novembre 2011 : 567 €
Octobre 2011 : 682 €
Septembre 2011 : 977 €
Août 2011 : 917 €
Juillet 2011 : 1.177 €
Juin 2011 : 739 €
Mai 2011 : 784 €
Avril 2011 : 829 €
Mars 2011 : 746 €
Février 2011 : 916 €
Janvier 2011 : 476 €
Décembre 2010 : 835 €

Je vous remercie de votre soutien et de vos dons qui me permettent de me consacrer à la voie du Bouddha.
Des explications complémentaires.

Vous pourrez m'écouter le 8 décembre sur France Culture dans l'émission de François Noudelmann, Le journal de la philosophie. Je présenterai mon dernier livre, Le bouddhisme n'existe pas.

Vous pourrez également m'écouter le 13 décembre en direct, de 17 h à 18 h, à l'antenne de RCF dans l'émission de Christophe Henning, Grand Angle
. Je débattrai avec Dennis Gira sur l'acculturation du bouddhisme en France. Christophe Henning est rédacteur en chef du service religion à Pèlerin Magazine.


gyôji kihan Version imprimable

Je possède deux exemplaires neufs du Sôtôshû gyôji kihan, le "missel" de l'école zen Sôtô avec l'ensemble des liturgies en usage actuellement dans cette école au Japon. Le livre relié d'environ 500 pages est divisé comme suit : cérémonies quotidiennes, cérémonies mensuelles, cérémonies annuelles, autres cérémonies. Voir le détail en anglais ici.

Je n'ai pas besoin de deux exemplaires. Si l'un d'entre vous est intéressé par en acquérir un, qu'il me contacte.


Une scène de la vie religieuse d'un petit temple zen au Japon (une bénédiction du nouvel an tournée au temple de Raikôji dans la préfecture de Hyôgo) :



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Séjourner au Mans Version imprimable

J'habite Le Mans, à 54 minutes de Paris en TGV. Voici quelques formules d'hébergement peu onéreuses :

Les chambres chez l'habitant, formule intéressante pour des séjours supérieurs à une semaine.

Le Centre de l'Étoile
, un ancien monastère aujourd'hui transformé en centre diocésain. Le Centre propose des formules d'hébergement pour une durée variable (chambre à 1, 2 et 6 lits). Tarifs. Adresse : 26 rue Albert Maignan 72000 Le Mans. Réservations : 02 43 81 27 55.

Le Flore, Auberge de jeunesse, chambre à deux lits uniquement. Pas plus de trois nuits consécutives. Tarifs des auberges de jeunesse. Adresse : 23 rue Maupertuis 72000 Le Mans. Réservations : 02 43 81 27 55.

David Loy à Paris les 25-26 juin 2011 Version imprimable

Chers amis,

Vous avez été très nombreux à vous inscrire à l'atelier d'une journée animé par David Loy à Paris le 26 juin prochain, "Se changer, changer le monde".

Cet atelier est co-organisé par l'association Un Zen Occidental et le Centre Shambhala de Paris. Nous avons atteint la capacité maximale d'accueil du Centre Shambhala (une soixantaine de places), nous sommes donc contraints d'arrêter aujourd'hui les inscriptions pour cet atelier.

Par contre, vous pouvez toujours venir à la conférence publique que donnera David Loy la veille à l'Université Bouddhique Européenne de 15 h à 18 h. L'entrée est libre et gratuite. De préférence, arrivez tôt, car il y aura aussi beaucoup, beaucoup de monde. C'est au Forum 104, 104 rue de Vaugirard 75006 Paris. Métro Montparnasse.

C'est la toute première fois que David Loy donnera des enseignements en France. Vous pouvez vous initier à sa réflexion en lisant quelques articles ou en vous procurant son livre, Notes pour une révolution bouddhiste (Kunchab+).



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Méditation et pommeau de douche Version imprimable

 
Billet invité, un texte de Serge Renaudie :

Dès potron-minet, dans mon bain-méditatif, grâce à la vacuité qui nous relie, j’entrais en communication avec le pommeau de douche (Dans le bouddhisme, il n’y a pas de différence entre les être animés et ceux qui ne le sont pas). Après m’avoir laissé ressentir son existence de pommeau de douche, il me fit part de ses problèmes : l’eau chlorée, le calcaire, les diverses saletés qui bouchent ses trous si délicieusement fins, etc…. Il ne tarissait plus. Je compris alors pourquoi le bouddhisme ajoute à la vacuité, la notion très particulière de compassion. Et je compris alors pourquoi la compassion ne consiste pas à se noyer dans le bain des lamentations mais à accepter simplement la souffrance des autres sans qu’elle n’affecte le coeur de notre stabilité. Comme le rappelle Éric Rommeluère dans sa note du 9 mai 2011 du fond de son ermitage au Mans, la notion d’attachement et de non-attachement n’existe pas dans le bouddhisme. L’attachement est source de souffrance mais le non-attachement l’est tout également par son rapport obligatoire à son contraire (La souffrance naît de la dualité). Il s’agit donc ni de transférer avec le pommeau de douche ni de l’ignorer. Il me faut donc être à l’écoute tout en étant strictement moi-même, indissoluble en l’autre. Il s’agit de transformer mes liens avec ce qui m’entoure, au point qu’il ne s’agit plus d’entourage de ma personne mais de moi-même au sein d’un seul ensemble. Cette disposition éloigne bien entendu l’indifférence mais également la fusion en l’autre. Éric Rommeluère parle “d’équanimité” qui se rapproche de sérénité. Il me faut donc rester serein à l’écoute des soucis de mon pommeau de douche sans nier leur réalité.

Comme en urbanisme, il faut intégrer la réalité de tout ce qui compose un site, humains, végétaux, animaux, roches, eau, vent, etc… en toute égalité et en toute sérénité. C’est à dire sans courir derrière les élus pour encenser leurs dires, sans faire des déclarations préromptoires sur l’environnement et la nature, sans prétendre résoudre la manière de vivre ensemble des habitants, sans prétendre non plus savoir comment ce nouveau quartier pourra bien évoluer...

Cela m’amène à comprendre pourquoi le terme vacuité a été souvent découpé par telle ou telle obédience du bouddhisme afin de rendre la richesse de cette expérience. Après la vacuité qui me met en relation avec le monde des existants, il s’agit d’accéder à la vacuité qui me met en relation avec moi-même comme vide, comme “existant de n’exister pas seul”. A la fois sans essence mais sans absence d’existence. Bon, le téléphone sonne...

On comprend quand même que la retraite dans un ermitage dans les hautes montagnes facilite les choses. Pas de bain chaud ni de pommeau de douche, mais pas de téléphone qui sonne toujours quand on prend son bain ni de facture. Pas de fille ainée qui vous envoie ses baisers mais pas non plus à se soucier de la poursuite au tribunal dont elle fera l’objet si elle ne paye pas ce livre qu’elle n’a jamais retourné. Pour cesser toute balance entre bonheur et malheur, la retraite ce doit être pas mal… quoiqu’il faille avoir la stabilité bien accrochée.

Serge Renaudie

est urbaniste, paysagiste et architecte.

Mr Crocodile Version imprimable

Si vous avez calé sur le texte de Dôgen, Mr Crocodile vous propose sa propre lecture de la nature de Bouddha :


Dons février 2011 Version imprimable

Dons reçus :
Février 2011 : 916 €
Janvier 2011 :
476 €
Décembre 2010 : 835 €
Novembre 2010 : 1.346 €
Octobre 2010 : 1.046 €
Septembre 2010 : 956 €
Août 2010 : 1.227 €
Juillet 2010 : 1.591 €
Juin 2010 : 1.043 €
Mai 2010 : 1.289 €
Avril 2010 : 1.396 €
Mars 2010 : 1.099 €

Je vous remercie de votre soutien et de vos dons qui me permettent de me consacrer à la voie du Bouddha.
Des explications complémentaires.

Les Éditions du Seuil ont décidé de la programmation de la sortie de mes deux prochains livres. Le premier paraîtra la quatrième semaine de septembre. Cette date à la rentrée leur semble la meilleure afin de le soutenir comme ils le souhaitent. Nous avons décidé du titre : Le bouddhisme n’existe pas. Il n’est pas surprenant : à bien des égards, il s’agit d’un long commentaire de la célèbre phrase de Nâgârjuna, dans ses Stances du Milieu,  «À personne et nulle part, le Bouddha n’a jamais rien enseigné.» Du coup, la parution du second livre, intitulé Le bouddhisme engagé, est programmée pour 2012.

***

Annie Girardot est décédée hier. Pour tous les gens de ma génération, elle incarnait la France de nos parents, populaire et ordinaire, celle qui avait vécu la guerre ; clopant comme c’est pas possible, gouailleuse, rieuse et pleureuse tout à la fois et qui nous régalait de sa voix rocailleuse. Et on l’aimait. Annie Girardot était atteinte de la maladie d’Alzheimer. Écoutez-la parler de la maladie.




Vous pouvez m'aider Version imprimable

J'écris actuellement un nouveau livre pour les Éditions du Seuil qui devrait s'intituler Le bouddhisme engagé. Il paraîtra en 2012.

Aujourd’hui, je consacre tout mon temps à la pratique et à l’enseignement du dharma (le bouddhisme). Je ne travaille pas pour une entreprise et je n'ai d’autres ressources qu'un soutien financier de l'association Un Zen Occidental et mes droits d’auteur. Bien que je vive dans une réelle simplicité, ces sommes sont insuffisantes pour couvrir mes dépenses courantes.

Certains d’entre vous seraient sans doute heureux de pouvoir m’aider par une contribution volontaire. Vous pouvez faire une donation via PayPal (cliquez sur la vignette dans la colonne de droite). Dans un souci de transparence, j’indiquerai sur ce blog le montant des dons reçus. Pour tous les détails pratiques, vous pouvez m’écrire : eric (at) zen-occidental.net.


Vous trouverez ci-dessous le premier jet de l’avant-propos de ce nouveau livre. Il sera évidemment à remanier et à amplifier, et peut-être même disparaîtra-t-il de la version finale, mais il y a exactement le ton, le style et l’engagement que je souhaite mettre dans ce livre. J’espère que vous l'apprécierez.


Je pourrai enseigner et continuer d’écrire comme je le fais aujourd’hui tant que vous m’y aiderez.


LE DÉFI

(AVANT-PROPOS, LE BOUDDHISME ENGAGÉ)


Notre vie est un défi répété à chaque instant, un immense défi à comprendre ce que nous sommes, des êtres humains à la fois fragiles et puissants, tantôt joyeux et tantôt désespérés ; un immense défi à entendre nos frères qui un jour s’aiment et l’autre s’entretuent ; un immense défi à apprécier ce monde merveilleux et pourtant si sauvage et violent. Le défi semble s’immensifier encore plus en ces temps incertains où les lueurs vacillent. Aujourd’hui, environ 1,1 milliard de personnes n’ont pas d’accès à l’eau potable. Chaque jour, vingt-cinq mille personnes meurent de faim. L’empreinte écologique est actuellement de 4,8 hectares par Européen. Une telle superficie lui est devenue indispensable alors que la Terre ne peut lui en offrir que 1,8 hectares. En 2050, la population mondiale devrait dépasser neuf milliards d’individus alors que nous sommes aujourd’hui un peu plus de sept milliards. Au même horizon 2050, deux cent cinquante millions de personnes auront migré du fait des incidences directes ou indirectes du réchauffement climatique. En 2100, la moitié des espèces animales auront vraisemblablement disparu de la surface du globe. Nous connaissons tous peu ou prou ces chiffres babyloniens et tant d’autres encore. Ils s’entrechoquent en d’impossibles combats. Quel en sera donc l’issue ? Nous l’avons compris, la globalisation est un étrange jeu aux dés pipés. Pouvons-nous imaginer endiguer les débordements d’un système mondial qui fait de la croissance sa foi ? Il nous faudrait tout d’abord accuser le primat de l’économie et du profit que nos sociétés ont élevé, non en valeurs, mais en religions – autrement dit intouchables et sacrées.

Les journaux et les magazines relaient les chiffres et les superlatifs dans une inflation dont nous ne savons distinguer si elle relève d’un heureux réveil des consciences ou d’un nouvel effet de dramaturgie dans le spectacle que la société se donne à elle-même. Nous ne savons plus que faire dans un monde où l’agir paraît de plus en plus difficile, saturés que nous sommes de complexité. L’homme du XXIe siècle se trouve confronté à une nouvelle question, cruciale et vitale, en effet, non plus penser l’individu et le collectif, mais bien l’articulation du simple et du complexe. Nous sommes, un à un, l’un de ces sept milliards d’individus mis au défi par la complexité. Devant cette nouvelle figure de la modernité, notre propre puissance d’agir paraît bien insignifiante. Finirons-nous par agir ou par renoncer ? Tel est le dilemme dont nous ne savons nous défaire. Mais nous n’avons pas l’âme tourmentée des héros grecs antiques. Nous sommes des êtres ordinaires, de simples hommes et femmes de bonne volonté. Alors, dans l’ordinaire des jours, nous faisons comme si, ou tout au moins nous faisons ce que nous pouvons ou ce que nous croyons pouvoir faire à notre mesure, laissant les cyniques, les profiteurs, les politiciens, les utopistes à leurs œuvres – grandes ou basses, peu importe ! Mais notre véritable puissance d’être humain peut-elle encore là s’exprimer ? Certes, nous nous sentons tous concernés, par l’écologie, par un monde meilleur et solidaire, mais n’est-ce pas un peu trop abstrait ? Si nos comportements évoluent, nos gestes ne pourraient-ils pas être autrement plus libres, plus chantants et plus rayonnants ? Ne pourrions-nous pas imaginer, non pas de nous adapter aux changements actuels, mais d’être le changement ? Ne pourrions-nous pas découvrir ou inventer de nouveaux exercices pratiques pour retrouver du champ et de la puissance ?

Ce livre explore ces questions par l’abord du bouddhisme. Le bouddhisme n’est pas une abstraction, mais une exploration de l’humain. Dans leurs enseignements, les Éveillés (les bouddhas) nous invitent à ne plus persévérer dans la semi-conscience qui sait sans vouloir savoir. Sans relâche, ils nous convient à prendre congé des compromis et des faux-semblants, à ne plus différer notre écoute et notre clairvoyance. Leurs instructions : nous sommes toujours intelligents et aimants. Leurs méthodes : L’ouverture et l’élargissement. Leurs vertus : L’audace et le courage. Si nous nous accomplissons, disent-ils, nous nous révèlerons des éclaireurs, non de simples lucioles perdues dans l’immensité de la nuit, mais à l’égal de tous les bouddhas du passé, des porte-flambeaux qui font de la nuit le jour. Quel défi ! À entendre pleinement leurs paroles, nous sommes sommés de nous laisser provoquer par la vie.

Ce livre est lui-même un défi. Comment penser ces enseignements dans le contexte des multiples crises qui bouleversent notre quotidien ? Peuvent-ils offrir des clés de compréhension ainsi que des outils et des méthodes pour y répondre ? Aujourd’hui même, la question peut encore faire débat. Pour quelques-uns (une minorité), la réponse ne peut être que négative, leur vocation serait d’ordre spirituel, ils ne peuvent (variante : ils ne doivent) offrir une réponse qu’aux seules crises personnelles. Pour les autres au contraire, l’invitation à transfigurer ses émotions, ses sentiments et ses perceptions nous engage nécessairement à prendre soin du monde. Shâkyamuni, le bouddha de cette Terre, l’appelait Sahâ, ce qui signifie dans l’ancienne langue sacrée de l’Inde « le monde d’Endurance ». Il contemplait la foule des êtres confrontés aux difficultés, aux souffrances, à la maladie et à la mort qu’ils devaient tour à tour endurer. Pour eux, il n’aspirait qu’à transformer le monde en une Terre rayonnante et pure.

Depuis plusieurs dizaines d’années, un mouvement informel se trouve à la pointe de cette vision. Il se définit lui-même comme un bouddhisme engagé (ou plus récemment comme un bouddhisme socialement engagé) car il entend offrir des réponses concrètes aux nouveaux défis sociaux. Quelques figures internationales se sont détachées par leur stature et leur destin personnels, qu’ils s’agissent du maître vietnamien Thich Nhât Hânh, du XIVe dalaï-lama ou du XVIIe karmapa. Dans le Viêt-nam des années soixante déchiré par la guerre, Thich Nhât Hânh refusait inlassablement la violence des parties en présence. Contraint à l’exil dans les années 1970, il vit depuis lors en France où il poursuit son combat pacifique. Depuis de nombreuses années, le dalaï-lama s’est fait le promoteur planétaire d’une éthique non-violente à l’usage du monde. Orgyen Trinley Dorjé, le jeune XVIIe karmapa (il est né en 1985), est lui le chef spirituel d’une grande école tibétaine. Son titre signifie l’Agissant (de karma, l’action) et il entend répondre de ce nom. Il promeut tout particulièrement une nouvelle vision écologique. Proche du dalaï-lama, il sera à l’évidence à l’avant-garde des bouddhistes engagés dans les années à venir. Les enseignements multiséculaires dont ces moines sont les héritiers ne forment pourtant pas une doctrine sociale, économique ou politique. Ils n’ont d’ailleurs pas véritablement vocation à régir des institutions sociales ou politiques. Aujourd’hui, prendre soin du monde exige des explorations inédites. Être humains sur la Terre, autrement dit être pleinement responsables de notre humanité au sein de l’écosphère, ne peut ignorer ceux que nous ne verrons jamais, ceux qui vivent au loin sous d’autres cieux, et même ceux qui ne sont pas encore nés. L’ampleur de la tâche nous oblige à la Grandeur. Oui, nous avons besoin d’une cohorte de poètes, de médecins, d’éclaireurs et tant d’autres ouvriers du mystère qui se lèveraient ensemble et joyeux de la Terre. Qui relèvera le défi ?

On l’aura déjà compris, ce livre est animé d’une conviction : vivre l’enseignement des bouddhas est un engagement. Il examine ce que peut signifier une telle équivalence. Évidemment, il ne fait pas œuvre novatrice car nombreux sont ceux qui pensent, œuvrent et agissent, les uns dans l’ombre, les autres dans la lumière, peu importe. Au seuil de cet ouvrage, il convient de leur rendre hommage. Je ne citerai que l’essayiste américain David Loy dont les réflexions offre de précieuses contributions pour les hommes et les femmes des temps modernes. Je dois reconnaître ma dette envers son œuvre et je creuse ici dans ses sillons.

Éric Rommeluère

Cet avant-propos est provisoire. Je vous remercie donc de ne pas le reproduire sur d'autres blogs.


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L'entente de la situation Version imprimable

Pour vous donner une idée, voici la postface de mon prochain livre (Le bouddhisme n'existe pas) qui fera la transition avec le suivant (Le bouddhisme engagé). J’avais déjà posté ce texte, mais il s’agit là de la version finale.

Nous sommes les humbles interprètes des paroles de l’Éveillé au cœur de nos vies. Plus nous les ressentons, plus nous ressentons notre engagement dans la vie. Nous n’avons d’autre possibilité que de les interpréter dans l’actualité de ce monde : il nous faut répondre avec hardiesse aux questionnements, aux détresses et aux peines du temps. Les bouddhas et les bodhisattvas ont une habileté à parler et à agir. Elle révèle leur souci constant de répondre à chaque situation en s’ajustant à la particularité et à la sensibilité de chacun. Nous ne pouvons évidemment faire du bouddhisme à l’Orientale, répéter à l’identique de doctes commentaires comme si rien n’avait changé autour de nous depuis des siècles. Tout est à recommencer. Tout est à reprendre. Tout est à risquer. Les chants nouveaux qui jailliront de nos poitrines, les formulations qui résonneront dans nos cœurs seront nécessairement autres, et pourtant ils seront l’expression la plus authentique du dharma. Interpréter n’est pas adapter. L’interprétation préserve le caractère référentiel du dharma alors que l’adaptation l’abandonne ou même le rejette. La pratique de la méditation dans d’autres cadres, qu’ils soient thérapeutiques, religieux ou spirituels (la méditation bouddhiste est aujourd’hui pratiquée et enseignée par des chrétiens dans un renouvellement de leur vie spirituelle), relève d’une adaptation. L’interprétation préserve, elle, cette résonance particulière entre la sensibilité des êtres et la réponse des bouddhas et des bodhisattvas. Le dharma fleurira en Occident pour autant que de nouveaux bouddhas et bodhisattvas seront à leur tour capables de répondre avec délicatesse et affection aux besoins des êtres, à leurs façons de se vivre et de vivre le monde. Même si l’humain garde son universalité par delà les siècles et les cultures, s’il connaît hier comme aujourd’hui la joie et la peine, la douceur et la détresse, nos égarements sont aussi singuliers, liés à nos contextes de vie. Les temps modernes ont leurs grandeurs et leurs faillites. Nous avons intégré de nouveaux modes d’addiction et d’aveuglement. Individuellement et collectivement, la peur et l’impuissance nous étreignent. La violence nous gagne. Ces maladies requièrent de nouvelles médications. Comment vivre au plus près d’un monde qui vient ? Adopter l’enseignement du Bouddha ne signifie pas reproduire les formes que les traditions bouddhistes ont pu prendre ici ou là, au gré des influences culturelles et de l’histoire de chaque pays, mais simplement entendre sa méthode, une réponse toujours renouvelée, inventive et créative, aux besoins des êtres, dans un dialogue constant et engagé avec ce monde.




Nick Cave & The Bad Seeds - Into My Arms

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La tour Version imprimable

Imaginez que vous gravissez les marches d’un escalier à spirale d’une très haute tour. À chaque palier cependant, vous faites halte et par l’embrasure de la fenêtre vous contemplez le paysage. Vous le savez identique, pourtant à chaque fois le panorama s’élargit et vous en avez une autre vue, plus magnifique encore. Arrivé au sommet de la tour, votre regard a une nouvelle fois changé. Libéré de l’étroit escalier, vous découvrez enfin un espace vaste et nu où seul le vent bat. Il s’étend au loin foisonnant de couleurs, celles de la terre et du ciel mêlées.