Jeudi 08 Mai 2008
Bouddhisme : la tentation de la révolte ?
Le débat est programmé sur la chaîne le 15 mai à 21 h 15 et à 23 h 30 puis le 16 mai à minuit trente. Mais rassurez-vous, vous pourrez voir et revoir le débat sur le site internet de l’émission Paroles du Monde.
L'argumentaire de l'émission : En septembre dernier, jusqu'à cent mille personnes, conduites par les moines bouddhistes, sont descendues dans les rues de Rangoon pour protester contre la junte militaire birmane. En mars, ils étaient plusieurs centaines de bonzes dans les rues de Lhassa pour manifester contre l'oppression chinoise au Tibet. Dans les deux cas, la révolte a été durement matée. Mais dans les deux cas, les moines sont sortis de leur monastère pour manifester contre le pouvoir en place, loin de l'image de soumission qui leur est traditionnellement associée. Pour dépasser les clichés, Paroles du monde a choisi de revenir sur la notion de pacifisme et de non-violence devenue l'image de marque du bouddhisme. Est-elle mise à mal par ces deux événements ? Peut-on parler d'un nouveau mouvement bouddhiste contemporain, engagé socialement et politiquement ?
LCI - Journal du 24 septembre 2007 (extrait).
Éric Rommeluère
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Lundi 25 Février 2008
Le bouddhisme engagé
Sur Radio Suisse Romande
L'émission est archivée ici : sélectionnez dimanche 24 février, puis l'émission Hautes Fréquences à 20 heures. Ou utilisez ce lien direct.
Bon, je ne suis pas sûr d'avoir été au meilleur de ma forme. J'ai enregistré l'émission en décembre dernier le lendemain d'un séjour hospitalier un peu difficile. Mais le professionnalisme et l'amabilité du journaliste (Christophe Boisset) m'avaient convaincu de venir.
Éric Rommeluère
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Mardi 19 Février 2008
La nuit solidaire
Je serais à la nuit solidaire le jeudi 21 février 2008, place de la République à Paris.
Vingt-sept associations interpellent les pouvoirs publics pour défendre 3 millions de mal-logés et 100.000 sans-abri. Le blog de la nuit solidaire. Pour des infos province : Le site de la FNARS.
Le communiqué de presse :
"Déçues par les propositions gouvernementales, les associations unies continuent de se mobiliser. Comme première action, elles appellent tous les citoyens à se rassembler pour une nuit solidaire, le 21 février.
La volonté politique n’est pas au rendez-vous...
Le 29 janvier, le Premier Ministre a présenté aux associations ses propositions qui se sont révélées décevantes... Les associations considèrent qu’elles ne sont pas de nature à améliorer durablement les conditions de vie des personnes sans abri et mal logées, ou à fluidifier l’ensemble de la chaîne, de l’hébergement au logement.
De plus, les moyens annoncés ne permettront pas de mettre en oeuvre le droit au logement opposable. Les associations évaluent l’effort financier nécessaire à plus de 1,5 milliard d’euros pour 2008 ; 250 millions seulement ont été annoncés.
Cette insuffisante mobilisation de l’Etat face à un problème aussi grave est inacceptable.
... Rendez-vous le 21 février pour une nuit de mobilisation citoyenne
Les associations unies demandent au gouvernement de compléter immédiatement ses mesures pour définir une réelle politique publique à l’égard des personnes sans abri et mal logées.
Elles organisent le jeudi 21 février prochain, à partir de la tombée de la nuit, une nuit solidaire pour le logement ouverte à tous, personnes à la rue, mal logés, associations et autres citoyens. Cette nuit sera l’occasion d’un rassemblement symbolique, d’échanges et de convivialité pour en finir avec cette situation inacceptable."
27 associations unies : Association des Cités du Secours Catholique, Association Emmaüs, Association nationale des compagnons bâtisseurs, Centre d’action sociale protestant, Collectif Les Morts de la Rue, Emmaüs France, Enfants de Don Quichotte, FAPIL, Fédération d’Aide à la Santé Mentale Croix-Marine, Fédération de l’Entraide Protestante, Fédération française des Equipes St Vincent, Fédération nationale des Centres Pact Arim, Fédération nationale Habitat & Développement, FNARS, FNASAT- Gens du voyage, France Terre d’Asile, Fondation Abbé Pierre, Fondation de l’Armée du Salut, Habitat et Humanisme, Les petits frères des Pauvres, Ligue des Droits de l’Homme, Mouvement ATD Quart Monde, Secours Catholique, UNAFAM, UNAFO, UNHAJ, UNIOPSS.
Éric Rommeluère
- 22:27
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Samedi 23 Juin 2007
Arrêt sur images arrêté
Vous pouvez signer la pétition demandant le maintien de l'émission ici.
Le blog du forum de l'équipe : bigbangblog.net.
Eric
- 20:55
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Samedi 19 Mai 2007
Graine de résistance
Sa radicalité détonne dans le paysage français, où les frontières politiques s'amollissent jusqu'à faner. Vendredi [18 mai 2007], le paysagiste Gilles Clément intervenant aux 46e Journées des plantes de Courson (Essonne), a transformé sa conférence en manifeste politique. Une déclinaison du communiqué figurant sur son site web depuis l'élection présidentielle. Le théoricien du "jardin planétaire", créateur du parc André-Citroën ou du jardin du musée du Quai-Branly, annonce qu'il annule "la totalité des engagements pris auprès des services publics et privés sur le territoire français, à l'exception des instances officielles ou non officielles où, de façon avérée, s'établit la résistance". Explications du jardinier-écrivain, dont le dernier livre s'intitule Une écologie humaniste.
Pourquoi cette prise de position publique ?
Je refuse de cautionner un projet qui va dans le sens d'une destruction de la planète et n'est pas conforme à ce que j'estime humainement acceptable.
En quoi ce projet vous paraît-il destructeur ?
C'est un projet ultralibéral, qui favorise la santé des entreprises plutôt que la santé humaine, où l'économie domine, où les fluctuations de la Bourse commandent, où la pollution devient une monnaie d'échange avec les droits à polluer et le marché du CO2. L'humanité est au bout d'une chaîne de fabrication et de prédation, et nous dépendons d'une diversité biologique qui est aujourd'hui réduite par notre activité et par l'arasement, à travers l'agriculture, des conditions nécessaires à cette diversité. Nous vivons en accélérant des mécanismes dévastateurs pour l'eau, le sol, l'air, les aliments, au service de la tyrannie boursière.
Mais cela n'a pas commencé le 6 mai...
Les choses étaient engagées très largement, mais il y avait encore une plasticité, des possibilités de discussion. Même si depuis douze ans, nous étions dans une sorte de laminoir nous engageant dans une voie unique. Avec Nicolas Sarkozy, on s'engage de façon absolue dans ce système ultralibéral et cynique. [...]
Lire la suite de l'article sur le site de Libération.
Un portrait de Gilles Clément par Michel Bizet sur Dailymotion (17 minutes)
Eric
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Samedi 06 Janvier 2007
Lisiane
Eric
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Jeudi 07 Décembre 2006
Que ferait le Bouddha ? (encore)
Membre du Think Sangha, il est l’un des rares américains qui ne verse pas dans la pure naïveté en matière de bouddhisme engagé. Il y a quelques années ses travaux portaient sur l’identité humaine (Lack and Transcendence: The Problem of Death and Life in Psychotherapy, Existentialism, and Buddhism, Atlantic Highlands, New Jersey, Humanities Press, 1996). Depuis lors, il s’intéresse surtout aux ressorts du capitalisme américain. Le bouddhisme, les philosophies existentielles anglo-saxonnes et la réflexion économique sont ses principales références.
Son analyse est la suivante : il nous faut étendre l’analyse bouddhiste de la constitution de l’identité aux groupes sociaux comme les multinationales et les Etats modernes. Des groupes sociaux peuvent être ou bien égarés ou bien éveillés. Les moteurs des sociétés égarées sont, comme pour les individus, l’avidité, la haine et l’ignorance (en termes bouddhistes, les trois poisons). Aujourd’hui, la société de l’ultra-consommation et le profit à tout prix, la course aux armements et la justice punitive, la publicité et l’infospectacle, forment les trois mamelles empoisonnées de nos sociétés. Finalement, comme bouddhistes, nous devons travailler à l’établissement d’une société éveillée par la conscience puis l’épuisement de ces poisons. Il s’agit grosso modo de l’armature de tous ses récents articles qui deviennent assez redondants ces derniers temps. Voir par exemple "Qu'y a-t-il de bouddhiste dans le bouddhisme socialement engagé ?"
Depuis peu, le ton de Loy se fait de plus en plus virulent. Sans doute faut-il lire ses maladresses comme une tentative d’interpeller plus fortement encore ses compatriotes. Dans un autre ordre d’idée, j’avais moi-même trouvé choquant Fahrenheit 9/11, le film de Michael Moore, palme d’Or au festival de Cannes 2004. De mon point de vue, disons "européen", le ton particulièrement outrancier du documentaire décrédibilisait complètement son enquête sur George Bush. Mais il faut sans doute ce genre d’adresse pour être entendu aux Amériques. L’article de Loy doit être remplacé et compris dans son contexte américain.
J’entends surtout ici une tentative de dire "non". Non aux habitudes. Non à l’inertie. Non aux bouddhistes qui usent de la vacuité comme d’un argument pour le laisser-faire et la démission. Malheureusement, je n’entends que trop souvent moi aussi cet argument fallacieux du genre "tout est vide, donc tout est vain". Non, le bouddhisme n’est pas un nihilisme : L’écoute réelle, la contemplation du monde nous invite, non seulement à le chérir mais à nous y engager. Car, en effet, je ne suis rien d'autre que ce monde.
Eric
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Mardi 05 Décembre 2006
Que ferait le Bouddha ? (suite)
Néanmoins, je suis quelque peu gêné par le ton de l’article. La colère, voire le ressentiment de Loy est assez palpable. Une phrase et un adjectif sont, au minimum, de trop. Promettre l’enfer à ceux qui méditent et n’agissent pas n’est pas du meilleur effet. Je cite : "Il existe une place spéciale en enfer (les enfers bouddhistes comme l’enfer chrétien) pour ceux qui refusent d'abandonner l’indifférence nombriliste qui leur permet de rester indéfiniment sur leur coussin tandis que le reste du monde se dirige en enfer." (Dans la version originale : "There is a special place in hell (the Buddhist hells as well as the Christian one) reserved for those who refuse to give up the self-centered indifference that allows them to rest indefinitely on their cushions while the rest of the world goes to hell.") Chaque mot a son poids. Le qualificatif de "petit" (small) groupe terroriste pour désigner Al-Qaïda par opposition au "terrorisme d’état", sous-entendu de l’administration Bush, est maladroit et inutile, d’autant plus que Loy s’adresse d’abord à ses compatriotes américains. Il ne peut que susciter des réactions négatives alors que Loy plaide justement pour le dépassement des antagonismes.
En même temps que cet article, je lisais ce dimanche le nouveau livre de Thich Nhat Hanh publié en français, La paix en soi, la paix en marche (Albin Michel). Il y raconte notamment ses expériences et son cheminement au cœur la guerre du Viet-nam. Le contraste avec le texte de Loy est saisissant. On n’y trouve pas la moindre trace ni de ressentiment ni de colère malgré des épreuves d’une violence inouïe. Une très grande force se dégage de son propos. Il a su et sait affirmer son opposition avec tendresse et tranquillité. Il est juste.
Vous aurez aussi remarqué qu’à la question "Que ferait le Bouddha ?", Loy n’apporte aucune réponse concrète. C’est là aussi l’une des difficultés qui se répète sans cesse dans les textes des bouddhistes engagés.
En réalité, il ne peut y avoir de réponse spirituelle à des problèmes politiques. La politique ne désigne pas juste un art du vivre ensemble, c’est d’abord penser les institutions qui vont réguler les relations des différents acteurs sociaux. La politique est nécessairement inspirée par des valeurs, spirituelles ou autres, mais les réponses à l’institutionnalisation des trois poisons (l’avidité sous la forme de la société de consommation et de la course au profit, la haine, sous la forme de la course aux armement, l’ignorance sous la forme de la société du spectacle) ne pourront être que politiques.
Au fait, pour qui vais-je voter à l’élection présidentielle ?
Eric
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Dimanche 03 Décembre 2006
Que ferait le Bouddha ? (un article de David Loy)
Il y a quelques semaines de cela, David Loy (photo ci-contre) m’avait envoyé un nouveau texte pour le site Un Zen Occidental. Georges Toullat a travaillé sur la traduction que j’ai enfin pu regarder ce dimanche. Je vous la livre en avant-première.Loy est l’un des disciples et successeurs du maître zen Koun Yamada de l'école Sambô Kyôdan. Il n’a pas de groupe de méditation et a choisi la voie de l’écriture et de l'engagement social. Actuellement, il enseigne la philosophie à l’Université Xavier de Cincinnati aux Etats-Unis. Dans cet article intitulé "Que ferait le Bouddha ?", Loy reprend quelques-unes de ses réflexions sur les identités collectives, l’institutionnalisation des trois poisons, la société de consommation, etc. Le texte est d’une clarté limpide. Je regrette juste le ton un peu trop outrancier (ou du moins que je ressens comme tel) qui n’est sans doute pas approprié. On peut dire des choses fortes sans animosité aucune. Loy me rétorquera sûrement que l’urgence commande ce ton virulent. A vous de lire.
Que ferait le Bouddha ?
Chaque génération pense sans doute qu’elle est confrontée à une crise qui décide du sort de la planète. Mais à moins de se mettre la tête dans le sable (ou quelque équivalent bouddhiste), nul ne peut ignorer l’exceptionnelle crise planétaire à laquelle aujourd’hui nous sommes tous confrontés. La destruction de l’environnement n'est plus simplement une menace : nous la vivons, et il est déjà évident que les sociétés telles que nous les connaissons subiront des transformations pour le moins douloureuses par l’épuisement des systèmes écologiques qui se renforcent mutuellement, en particulier le changement climatique planétaire, la diminution de la couche d'ozone, l’extinction rapide de nombreuses espèces, les différents types de pollution et tout ce que nous ne connaissons pas encore.
Bien que notre système économique mondial soit une filiale à cent pour cent de la biosphère (note : en d’autres termes qu’il dépend complètement de la biosphère, qu’il en est un sous-ensemble, mais j’aimerais garder l’expression), les PDG qui dirigent ce système (comme n’importe qui qui le contrôle) ne peuvent voir plus loin que le prochain rapport trimestriel, pas plus que les hommes politiques ne peuvent raisonner au-delà de la prochaine élection. La surpopulation, les pandémies, la privation croissante de besoins essentiels pour de vastes catégories de personnes font planer la menace d'un effondrement social, alors que les médias – des entreprises commerciales dont le principal intérêt est la dernière ligne du bilan, non de découvrir et de dévoiler la vérité – nous divertissent à coup d’infospectacles et nous assurent que la solution, c’est toujours plus de la même chose : garder confiance, tenir bon, et que finalement nos problèmes seront résolus par le développement technologique, la croissance économique, encore plus de consommation et un produit national brut plus important.
Comme si cela n’était pas suffisant, nos dirigeants – ou plutôt nos maîtres – ignares, corrompus et arrogants se sont montrés incompétents en tout à l’exception du mensonge et de la conquête du pouvoir. Maintenant que leur fourberie et leur incompétence reviennent les hanter, leur cote de popularité s'est effondrée, en même temps, ils ont consolidé leur pouvoir. Les têtes changeront, mais la structure du pouvoir restera globalement la même, à moins que nous trouvions les moyens d'y remédier.
Pour garder le pouvoir, la peur est l’un de leurs plus importants ressorts. Elle exige que l’on substitue à la guerre froide une guerre sans fin “contre le terrorisme”, ce qui veut dire d’intarissables gains pour un complexe militaro-industriel qui se gave sur la guerre sans laquelle il s’écroulerait. Cette guerre contre le terrorisme a été menée, volontairement ou non, d'une façon telle qu’elle garantit pour chaque “terroriste” que l’on tuera une douzaine d’autres gens désespérés qui haïront les Etats-Unis. Nos efforts agressifs pour réprimer le terrorisme assurent sa pérennité. Comme le disait Peter Ustinov, le terrorisme est la guerre des pauvres, la guerre est le terrorisme des riches. La violence de petits groupes terroristes comme Al-Qaïda est, en fin de compte, peu de choses en regard du “terrorisme d'état” (qui comprend l’autorisation de la torture) que nous croyons fondé de déchaîner sur quiconque nous fait peur ou menace nos “intérêts nationaux”.
Je ne livre pas ces réflexions comme une opinion politique (“Bien ! Ecoutons également la position adverse !”) mais comme un fait. Il s’agit de la situation critique où nous nous trouvons aujourd'hui, et les bouddhistes doivent la regarder rapidement comme tout le monde. A moins d'être obtus, si vous n'êtes pas un tant soit peu conscient de ces questions urgentes, c'est que vous vivez dans une bulle très étrange à l'écart de toute source d'informations (vous êtes peut-être à la fin d’une retraite de vingt ans dans une caverne de l’Himalaya ?) ou que votre pratique spirituelle comporte une faiblesse. Soit vous n'êtes pas attentif, soit quelque chose ne fonctionne pas dans votre faculté de voir. Il existe une place spéciale en enfer (les enfers bouddhistes comme l’enfer chrétien) pour ceux qui refusent d'abandonner l’indifférence nombriliste qui leur permet de rester indéfiniment sur leur coussin tandis que le reste du monde se dirige en enfer. Le bouddhisme promeut l'attention et la conscience et il est nécessaire, tout particulièrement aujourd’hui, que cette conscience s'étende au-delà de nos coussins de méditation et de nos salles de pratique du dharma, pour embrasser une compréhension plus vaste de ce qui se passe dans le monde, dans notre monde, un monde qui crie de douleur. Comme Kwan Yin, nous devons être capables d'entendre cette douleur.
On pense parfois que la pratique de la méditation signifie “juste voir, juste entendre, juste sentir, voilà qui est bien, les concepts sont mauvais”. Il y a des moments et des lieux où nous devons nous concentrer sur les données sensorielles immédiates et sur les phénomènes mentaux, mais ces pratiques sont incomplètes en elles-mêmes, tout comme le serait un éveil bouddhiste qui nous libérerait sans nous entraîner à considérer la libération de tous. Sans quoi nous risquons de finir comme des grenouilles au fond d’un puits profond, oublieux du monde plus vaste qui se trouve à l'extérieur. Si votre pratique bouddhiste vous rend allergique à tout ce qui est concept et abstraction, vous feriez mieux de vous équiper pour le Pôle Sud, que vous expérimentiez directement votre propre coup de soleil au trou d'ozone, pour la toundra arctique, que vous pataugiez en personne dans la boue du permafrost décongelé, pour les bidonvilles de Bogota ou de Rio de Janeiro que vous voyiez par vous-mêmes dans quelles conditions des familles essayent d’y survivre, pour Bagdad que vous appreniez par vous-mêmes sur le terrain ce que veut dire “apporter la démocratie au Moyen-Orient”, et pour nombre d'autres endroits que vous preniez conscience de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui même.
Ceux d'entre nous qui n'ont pas assez de temps, d'argent ou d'énergie à consacrer à de tels voyages doivent développer une conscience plus large autrement, sans plus faire confiance aux médias poubelles ou à la machine à reformater l’information de Bush. Nous devons utiliser notre esprit critique pour comprendre les gigantesques défis du monde dans lequel nous vivons. Les concepts et les généralisations ne sont pas mauvais en soi. Les rejeter est comme condamner les victimes, alors qu’en fait la difficulté vient que nous les utilisons à mauvais escient.
Croire que “l’attention signifie être seulement attentif à son environnement immédiat” et poser de telles limites à sa conscience est en réalité une autre forme du problème fondamental : le sentiment d’être séparé les uns des autres et du monde “dans” lequel nous vivons. Le non-soi (anatta) signifie qu'il est illusoire de faire une différence entre “ce qui est le mieux pour moi” et ce qui est le mieux pour les autres. Le monde n'est pas une sorte de jeu à somme nulle. C'est pourquoi le karma opère comme il le fait.
A cette explication, deux autres objections bouddhistes courantes tentent de justifier qu’il conviendrait de se concentrer uniquement sur sa propre pratique et son propre éveil : “Je dois m’occuper de ma propre libération avant de pouvoir aider les autres. Et du point de vue le plus élevé, les êtres vivants n’existent pas – tout est “vide” – et nous n'avons pas besoin de nous soucier de leur sort ni de celui de la biosphère.” Pourtant, aucun de ces arguments n’est valide. D’une façon ou d’une autre, ils sont tous les deux, en effet, et au mieux des demi-vérités qui relève du dualisme.
D’abord, nous ne pouvons attendre d'avoir surmonté toutes nos souffrances avant de nous occuper de celles des autres. Le monde s’accélère, et les évènements n'attendront pas, eux, que nous ayons, vous et moi, réalisé le grand éveil. Comme les degrés de l'éveil sont infinis (même le Bouddha n’est encore qu'à mi-chemin selon un dicton zen), nous devons apporter notre aide comme nous le pouvons ici et maintenant. Plus exactement, nous devons faire maintenant ce que nous pouvons en fonction de là où nous en sommes dans notre pratique.
Qui plus est, cette objection méconnaît le fonctionnement de la pratique spirituelle. Nous n'attendons pas d'avoir surmonté notre égocentrisme pour nous engager avec le monde. S'occuper de la souffrance d’un monde plus large est la manière dont nous surmontons l’égocentrisme. Contrairement à une conception courante du chemin du bodhisattva, les bodhisattvas ne diffèrent pas leur propre éveil parfait pour aider les autres. Aider les autres est leur manière de parfaire leur éveil, car ils savent que leur libération ne peut être en définitive séparée de celle des autres. Nous nous éveillons d’une souffrance à soi pour nous retrouver dans un monde rempli de souffrance. S'éveiller, c'est réaliser que je ne suis rien d’autre que ce monde.
Mais tout est vide, n'est-ce pas ? Oui et non. Mettre uniquement l'accent sur la dimension de la vacuité, c'est encore être dans la dualité et se méprendre sur l’enseignement central du mahâyâna. La forme est vacuité, mais la vacuité est aussi forme. Les phénomènes n'ont pas d'essence et néanmoins notre nature essentielle sans forme se manifeste sous une forme ou sous une autre. Sans manifestations, il ne reste rien, rien ne vaut et cela n'a pas de sens. Ne pas chérir l’enchevêtrement des fils de la vie que la Terre a miraculeusement tissé – nous compris, égarés que nous sommes – serait mésestimer la merveilleuse activité de la nature essentielle que nous partageons avec tous les autres êtres. L'éveil ne mène pas à une supra-réalité ou à une dimension transcendante, mais à réaliser notre unité fondamentale avec le monde, ce qui revient à réaliser la vacuité de notre identité propre et à agir en conséquence. Sans une biosphère saine, les formes disponibles à la vacuité sont fortement réduites. Sans des sociétés saines, les possibilités d'accomplir des activités humaines, et notamment de suivre le chemin de l'éveil, sont compromises.
Que ferait le Bouddha ? Comment réagirait-il à notre situation ?
Je me demande parfois ce qu'il penserait du bouddhisme actuel. Le Bouddha n'a jamais enseigné le bouddhisme. Il n’était même pas bouddhiste pouvons-nous dire, de même que le Christ n'était pas chrétien. Shâkyamuni a enseigné le dharma. Le bouddhisme n'est pas ce qu’il disait, mais ce qu'il a suscité. Le bouddhisme tel que nous le connaissons est le résultat du développement du dharma et du sangha pendant des siècles, dans des endroits et des cultures variés. Serait-il heureux de voir ce que ses efforts ont produit ?
Ses enseignements insistent sur l'impermanence et l’insubstantialité. Il ne serait pas surpris par l'histoire des transformations incessantes et par l'extraordinaire adaptabilité dont le bouddhisme a fait preuve là où il s’est diffusé. Il n'attendrait pas de nous que nous suivions et répétions simplement ses façons d’enseigner, ou que nous soyons accrochés aux règles qui ont vu le jour à son époque pour administrer le sangha. Il ne voudrait sûrement pas que nous restions aveugles devant les défis auxquels nous sommes collectivement confrontés, de même qu'il n’attendrait pas que ses disciples les ignorent. A son époque, le sangha pouvait largement ignorer les luttes politiques et les conflits sociaux en se retirant dans la forêt. Aujourd'hui, il n'existe pas un endroit sur terre où se retirer qui ne soit menacé d’une manière ou d’une autre. La distinction traditionnelle entre moines et laïques ne s'applique pas dans cette situation. Nos destins ne peuvent plus être séparés.
Que ferait le Bouddha ? Est-ce une question sans réponse puisqu’il n’est plus là ? Si le Bouddha ne vit pas en nous et comme nous, il est mort en effet. Si nous sommes incapables de répondre nous-mêmes à cette question, le bouddhisme est mort, ou peu s'en faut. Pour vous comme pour moi, appliquer les enseignements les plus importants du bouddhisme à notre situation actuelle est un défi. Si ces enseignements ne permettent pas de comprendre et de répondre à la crise mondiale à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés, tant pis pour eux, peut-être est-il temps de s'en débarrasser.
Mais je ne pense pas que nous soyons appelés à le faire. L'enseignement le plus clairement bouddhiste est aussi celui qui nous procure la meilleure appréciation de la crise collective que nous affrontons : le lien entre dukkha et anatta (note : non, il ne s’agit pas de la première ni de l’une des quatre nobles vérités, mais ma façon de condenser l’intuition la plus fondamentale propre au bouddhisme telle que je la comprends) entre la souffrance, au sens le plus large, et le sentiment illusoire de soi. Le sentiment de soi est nécessairement inconfortable car, en tant que construction psychique, il n’a pas de fondement, et ses tentatives habituelles pour se fonder et se sentir plus “réel” ne font qu’empirer les choses. Cette vérité fondamentale sur le soi de l’individu éclaire aussi les soi collectifs qui cherchent tout autant à se préserver en servant leur propre intérêt de groupe au détriment de ceux qui n'en font pas partie.
Nous voici au cœur de l’auto-contradiction du sexisme, du racisme, du nationalisme, du militarisme et du spécisme (la séparation des êtres humains du reste de la biosphère). Si le sentiment de séparation est le problème, comprendre l’interdépendance qui nous lie doit être au cœur de toutes les solutions. Nos dirigeants échouent si misérablement car leurs politiques incarnent et renforcent l'illusion de la séparation, ils aggravent la dukkha du monde au lieu de la soulager.
Une telle interdépendance n'est pas simplement une réalisation que l’on cultive sur son coussin. Un monde en souffrance nous invite à réaliser l'interdépendance – c’est-à-dire à la rendre réelle – jusque dans nos façons de vivre. Cela comprend d’imaginer des moyens d'affronter l'avidité institutionnalisée (notre système économique actuel), l’aversion institutionnalisée (nos régimes du militarisme et de la justice punitive) et l'illusion institutionnalisée (les régimes de la propagande et de la publicité entretenues pas les médias). Il ne sera pas facile de découvrir les manières les plus adéquates de défier et de transformer ces maux institutionnalisés. Si nous, bouddhistes, ne le voulons pas ou ne pouvons pas les trouver, le bouddhisme n'est pas la voie spirituelle dont le monde a besoin aujourd’hui.
David Loy (version révisée d’avril 2006)
Eric
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Jeudi 26 Octobre 2006
Scène ordinaire de la vie tibétaine
En mai 2000, j'étais à Dharamsala avec Jean-Paul Ribes, président du Comité de Soutien au Peuple Tibétain. Nous avions rencontré quatre ou cinq jeunes femmes, des moniales d'à peine 17 ou 18 ans. Elles venaient de traverser à pied l'Himalaya depuis leur lointain monastère des hauts plateaux pour rejoindre seules l'Inde, un pays libre. Ignorant tout de l'Occident et même de la vie en Inde, elles venaient d'arriver la veille. Elles ne parlaient, bien entendu, que le chinois et le tibétain. Dans leurs yeux, il y avait tout à la fois de la détresse et de l'espoir. Elles étaient parties pour un voyage sans retour, soit elles traversaient saines et sauves les montagnes, soient elles mourraient de froid, sous les balles ou, au mieux, étaient incarcérées pour de longues années. Elles laissaient derrière elles leurs familles qui, sans doute, furent persécutées. Elles se tenaient les unes aux autres et ressemblaient à des moineaux apeurés. Je pense parfois à elles. Que sont-elles devenues ?
Des Tibétains protestent contre les violences chinoises à Dharamsala (une vidéo sur le site du Monde)
Ajout du 28 octobre :
Devant le Jokhang, au coeur du vieux Lhassa, un moine solitaire qui clame le droit à la liberté pour les siens, avant d'être prestement emmené par les forces de l'ordre chinois ; un autre moine tibétain arrêté à Karzé, dans le Séchouan, parce qu'il avait dans sa cellule une photo du dalaï-lama ; un autre encore incarcéré parce que soupçonné d'avoir distribué des tracts réclamant le respect des libertés au Tibet ; quatre ans et demi de prison pour l'activiste aveugle qui demande justice à Pékin contre les stérilisations et les avortements forcés des femmes de sa province natale ; répression brutale de toute velléité de protestation des travailleurs que l'on «oublie» de payer des mois durant : il ne fait pas meilleur, plutôt pire, de vouloir être respecté dans la Chine de Hu Jintao que dans celle de Deng Xiao-ping...
"Le Tibet se meurt de nos silences", une tribune de Claude B. Levenson parue hier dans Libération. Lire la suite.
Eric
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Dimanche 15 Octobre 2006
Le film d'Al Gore
Depuis plusieurs années, le réchauffement climatique est le cheval de bataille de l’ancien sénateur et vice-président des Etats-Unis. Le documentaire, consacré à son combat, déçoit cependant. Certes, Al Gore est particulièrement brillant, clair et pédagogue dans ses explications sur l’effet de serre et l’augmentation des taux d’émission du CO2. On le sent convaincu et il convainc. Mais les analyses rapides et les rares solutions proposées déconcertent comparées aux bouleversements de l’écosystème décrits.
Conseiller d’acheter des ampoules à basse consommation, de planter des arbres ou encore de prier, si l’on croit à la vertu de la prière, pour qu’une nouvelle conscience planétaire émerge (quelques-uns des dix conseils donnés au spectateur dans le générique de fin de film) est louable, mais de tels conseils suffiront-ils à inverser réellement et durablement certains processus enclenchés ? Bien sûr, on pressent que sa vision est plus large, il évoque avec force le protocole de Kyôto que les Etats-Unis devraient ratifier et en appelle aux politiques. Mais ne faudrait-il pas explorer, inventer d’autres paradigmes, d’autres modes du vivre-ensemble ? Aucune de ces questions ne sera véritablement posée dans le film.
Les processus sont complexes et imbriqués et il paraît difficile d’isoler la question climatique d’une analyse approfondie de notre destinée sociale, politique et économique. Al Gore ne présente que les seules conséquences écologiques et non les conséquences sociales et économiques du réchauffement climatique à moyen terme, très vite évacuées. Symptomatiquement, il n’évoque jamais le fameux rapport d’octobre 2003 de Peter Schwartz et de Doug Randall, "An Abrupt Climate Change Scenario and Its Implications for United States National" (traduction française téléchargeable ici au format pdf) qui fit couler beaucoup d'encre. Ce rapport commandé par le Pentagone prédit une véritable apocalypse à l’horizon des prochaines décennies (guerres, famines, etc.). Les scénarios présentés auraient pu être discutés d’autant qu’on avait murmuré à l’époque que les projections faites permettaient de renforcer la politique d’armement massif de l'administration Bush (sur le thème "les guerres sont inéluctables, armons-nous").
On aurait aimé Al Gore plus audacieux encore. Mais pouvait-il en être autrement de la part d’un tel homme politique ? S’engager publiquement dans une analyse approfondie de ces processus peut conduire à une remise en cause de modèles socio-économiques dont les Etats-Unis sont le fer de lance. Selon le rapport Planète vivante 2004 du WWF, l’empreinte écologique des Etats-Unis était en 2001 de 9,5 hectares par habitant. L’empreinte écologique mesure la surface productive nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d'absorption de déchets. Selon ce calcul, 5,3 planètes Terre seraient nécessaires pour faire vivre la population mondiale à l’Américaine. Une incursion, même timide, dans ce genre d’analyse pourrait très vite le faire suspecter de dérive gauchiste, ce qui le rendrait immédiatement inaudible. Et justement, Al Gore prend soin d’entretenir sa crédibilité auprès de ses concitoyens. "En politique, dit-il, l’énergie, elle, est renouvelable." Sans doute pense-t-il à rejouer un rôle politique dans les années à venir.
An Inconvenient Truth respire aussi les Etats-Unis et quelques-uns de ses grands mythes (la rédemption, le sauveur, etc.). Mis en scène, Al Gore joue Al Gore. Massif, il ressemble étonnamment à Christopher Reeve, l’acteur qui incarnait Superman. Au fond, le film nous montre un super-héros comme l'Amérique les aime bien. On le sait, les super-héros restent profondément humains (on apprend que l’homme a souffert, en 1989, il a failli perdre son fils renversé par une automobile), mais leur destin est grand.
"Vous serez secoués"… "plus terrifiant qu’un film d’épouvante". Regardez la bande-annonce, écoutez la bande-son, le film n’est pas présenté comme un documentaire mais comme un film à grand spectacle... à l'Américaine.
Eric
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