Souvenirs de Lanau (3) Version imprimable

P., qui participait à la retraite de Lanau, me demande des précisions complémentaires sur les termes traditionnels employés dans les textes décrivant la couture du kesa, notamment sur la différence entre les robes dites kassetsue, chōyōe et nyohōe.

Kassetsue («la robe coupée-cousue») et chōyōe («la robe de bandes appliquées») désignent des kesa cousus selon deux modes d’assemblage différents :

- Dans le premier, on coupe autant de pièces que de dankyaku (les parties représentant les casiers de la rizière) qui sont ensuite recousues ensemble, soit vingt-sept pièces pour un neuf bandes par exemple. Voir la première figure ci-dessous.

- Dans le second, on applique et l’on coud les pièces dites («les interbandes», les parties représentant les diguettes de la rizière) sur un fond constitué d’une seule pièce ou de plusieurs pièces cousues au point invisible. Voir la seconde figure ci-dessous.





Nyohōe («la robe conforme au dharma») désigne un style. Dans un sens général, il s’agit d’un kesa confectionné selon les instructions premières du Bouddha. Le terme désigne plus particulièrement une forme de kesa que l’on retrouve avec de légères variations dans les écoles japonaises shingon, zen, tendai et jōdō. Elle présente un certain nombre de traits caractéristiques :

- le kesa est de forme rectangulaire ;
- les attaches sont posées aux tiers de la longueur ;
- on n'utilise pas d'anneau ou de métal dans le système d’attache ;
- la couleur est sombre et mélangée.

L’image ci-dessous est celle d'un nyohōe de l’école jōdō. Vous pouvez cliquer sur l'image.



Plus spécifiquement encore, le terme désigne dans l'école sōtō, les kesa utilisés dans les lignées des maîtres zen Sawaki Kōdō (1880-1965) et Hashimoto Ekō (1890-1965) par opposition aux kesa officiels de l’école sōtō.

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Souvenirs de Lanau (2) Version imprimable

Voici une photographie du kesa à vingt-cinq bandes de Dōgen conservé au Kōfukuji, un temple fondé par le maître zen Gida Daichi (1290-1367) dans l’actuelle préfecture de Kumamoto. Ce kesa a été successivement transmis par Dōgen, Kōun Ejō, Tettsu Gikai, Keizan Jōkin et Meihō Sotetsu jusqu’à Daichi. Il est authentifié par un document de transmission qui précise que ce kesa a été cousu par Dōgen lui-même.

[cliquez sur l'image]


Quelques détails techniques, en reprenant les termes traditionnels de la confection du kesa  : dimensions 195 cm x 110 cm ; robe coupée-cousue (kassetsue) ; quatre pièces longues et une pièce courte par bande (shichō ittan) ; pas de doublure, pas d’attache, pas d’anneau ; couleur bleu-noir dite tetsuonando iro ; les interbandes sont ouvertes (kaiyō) ; le cadre est cousu avec deux tours de couture (nidō) ; les bordures du cadre (en) sont larges de 3 cm ; les pièces d’angle appliquées (kakuchō) sont larges de 4,5 cm ; Les bandes des bords extérieurs sont plus larges que les autres bandes. Il s'agit d'une "robe conforme au dharma" (
nyohōe).

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Souvenirs de Lanau (1) Version imprimable

J’étais la semaine dernière au Centre zen de Lanau, dans le Cantal, à l’invitation de Guy Mercier pour co-animer une retraite de cinq jours consacrée à l’étude et la pratique du kesa. C’était la toute première fois qu’une telle retraite était proposée en France. Je remercie tous les participants pour leur attention constante lors de ces journées.

Une remarque complémentaire : Quelques personnes portaient le kesa assez court. Évidemment, la taille doit être adaptée à la stature de la personne, ni trop grande, ni trop petite. Le bas du kesa tombe généralement à environ quinze / vingt-cinq centimètres du sol. Si l’on dispose de suffisamment de tissu, la règle veut que le kesa fasse trois coudées par cinq (on l’appelle alors «la catégorie supérieure», jap. jōbon). Si l’on a moins de tissu deux virgule soixante-quinze coudées par quatre soixante-quinze («la catégorie médiane», jap. chūbon). Si l’on dispose de moins de tissu encore, deux virgule cinq coudées par quatre virgule cinq («la catégorie inférieure», jap. gebon).

Mais comment mesure-t-on la coudée ? Les avis divergent. Dans le Document de transmission sur la robe bouddhique de Chikyō risshi (début XIXe siècle), un texte que j’ai traduit, la coudée désigne la longueur du coude jusqu’aux doigts de la personne concernée. Dans La robe conforme au dharma des Mūlasarvāstivādin de Shitateya Rihei (fin XIXe siècle), un autre texte traduit, la coudée est une unité de mesure fixée à un shaku cinq sun, soit 45 cm environ. Les auteurs font également une distinction entre «la coudée étendue» (jap. kenchū) comptée du coude jusqu’à l’extrémité des doigts et «la coudée poing fermé» (jap. shochū) avec les doigts repliés.

Dans la lignée de Sawaki Kōdō (1880-1965), on utilise la mesure de la coudée de la personne concernée avec une taille finale de trois coudées par cinq. L’expérience montre cependant qu’un kesa cousu sur la base de trois coudées étendues par cinq coudées étendues est un peu trop grand.

Les trois principaux héritiers de Sawaki en matière de kesa utilisent chacun des méthodes de calcul légèrement différentes pour déterminer la taille la plus adaptée.

- Kyūma Echū  (1934) prend la moyenne entre la coudée ouverte et la coudée fermée.
- Mizuno Yaoko (1921-2010) minore la coudée étendue d’un dixième ou d’un vingtième.
- Okamoto Kōbun (1925) utilise la méthode dite de la mesure directe pour déterminer la longueur du kesa et fait une règle de trois pour garder la proportion de trois par cinq. La mesure directe est une méthode décrite par le maître zen Mokushitsu Ryōhō (1775-1833), elle consiste à prendre directement la mesure en comptant d’une main à une autre.

Moi-même, je prends la moyenne entre la coudée ouverte et de la coudée fermée en ajustant si possible cette mesure en faisant essayer un kesa à la personne. La bonne mesure est généralement plus proche de la coudée ouverte que la moyenne.


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Se soucier du monde Version imprimable

Je publie un nouveau livre aux Éditions Almora, Se soucier du monde. Trois méditations sur le bouddhisme et la morale. 96 pages au prix de 12,50 euros. Lire la présentation. Vous pouvez le commander sur le site de l'association Un Zen Occidental et bien entendu chez votre libraire habituel.

Un extrait :


Le Livre des moyens habiles narre l’histoire d’un capitaine de bateau nommé Grande Compassion. Cinq cents marchands sont embarqués sur son navire pour un long périple. Une nuit, une divinité apparaît en songe au capitaine. Elle lui révèle qu’un méchant homme lui aussi embarqué à bord s’apprête à tuer les marchands qui ne sont autres que des bodhisattvas promis à l’éveil. Sept jours durant, Grande Compassion demeure silencieux, plongé dans les affres intérieures. Finalement, n’entrevoyant pas d’autre issue morale, il tue le méchant, acceptant d’endurer les souffrances des destinées infernales. La puissance de sa motivation lui assure cependant une autre rétribution, puisque Grande Compassion n’est autre que le Bouddha Shâkyamuni dans l’une de ses précédentes vies. Comme l’avait prédit la divinité, les cinq cents marchands devinrent des bouddhas éveillés. Quant au méchant, il renaît parmi les dieux. La transgression largement valorisée, puisque les conséquences sont positives pour l’ensemble des protagonistes, est assimilée dans le texte à un moyen habile (upâya). Le moyen habile est l’habileté réservée aux plus adroits des disciples du Bouddha propre à révéler la profondeur du dharma et à convertir le cœur des êtres.

La pièce peut paraître justifier le meurtre sous couvert d’arguties, ou simplement que la fin justifie les moyens. Il faut cependant se garder d’y lire un code de conduite, comme si la transgression pouvait devenir une nouvelle règle dans l’ordinaire des jours. Le souci du monde plonge Grande Compassion – au nom si emblématique – dans l’indécision. La semaine entière est un temps moral qui lui permet de décider et d’agir souverainement. Dans ce retrait, il contemple ses motivations et comment elles enveloppent la situation. Il mesure ses propres aptitudes. En se soumettant aux conséquences de ses actes, il se sait responsable (la responsabilité entendue ici comme une habileté à répondre à une situation). On ne saurait trop méditer que les enseignements du Bouddha sur les moyens habiles se présentent systématiquement sous la forme d’apologues ou de paraboles, jamais de règles. Ils n’ordonnent rien, ils n’offrent même pas d’exemple. Il est peu probable, en effet, que nous soyons à notre tour confrontés à l’abîme de tuer un méchant homme pour en sauver cinq cents. La narration, ici, excède la réalité. Ces formes dramaturgiques, excessives, arrachent le lecteur à la myopie du quotidien pour en appeler à une autre vision de l’à-venir. Évidemment, dans son ordonnancement, dans ses choix, la narration possède une dimension prescriptive, mais elle n’offre pas de règle. Le lecteur n’a pas à imiter Grande Compassion mais à imaginer son épreuve. Tout comme lui, il est engagé dans un long périple. Il peut succomber et croire que la vie n’est qu’une existence ballottée par les flots, que l’ordre apparent peut immédiatement virer au chaos. Il peut aussi imaginer qu’il est responsable de la vie. La vie, alors, se transfigure en voie.


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Le kesa conforme au dharma. Volume 1 Version imprimable

Le kesa conforme au dharma. Volume 1. Trois textes secrets sur le kesa.

Traduits et annotés par Éric Rommeluère, Éd. Les Nuages blancs, 2014. 112 pages, 11 euros. ISBN : 978-2-9547923-0-9. Le livre est disponible.

Je débute la publication de traductions françaises d’ouvrages japonais consacrés au kesa, la robe des moines et des moniales bouddhistes. Dans ce premier volume, je propose la traduction annotée de trois textes secrets écrits au XIXe siècle. Ces textes détaillent la confection, les tailles, les patrons et les couleurs du kesa cousu selon la tradition nyohô ("conforme au dharma"). Les maîtres zen Kôdô Sawaki (1880-1965) et Ekô Hashimoto (1890-1965) sont les deux grands héritiers de cette tradition du kesa qui s’est transmise au Japon dans les écoles de discipline monastique ainsi que dans l’école sôtô.

Il s’agit de :

- Le Document de transmission sur la robe bouddhique de Chikyô risshi ;

- La robe conforme au dharma des Mûlasarvâstivâdin de Shitateya Rihei ;

- Les Secrets des procédés de teinture des trois couleurs conformes au dharma de Kuredo Kaishin (1839-1920), abbé du temple de Kôkiji.

Ces trois textes se trouvaient en possession du maître zen Kôdô Sawaki sous forme manuscrite. Alors qu’il donnait une conférence sur le kesa dans la ville de Nagoya à la fin de l’année 1931, un moine les recopia. Ils furent ensuite intégrés dans un ouvrage intitulé La robe et le dharma des bouddhas et des patriarches publié en 1934 par le temple zen sôtô d’Hokkeji à Osaka. Ce recueil réunit les textes qui servaient alors de supports d’étude dans les cercles réunis autour des maîtres zen Kôdô Sawaki et Ekô Hashimoto.

Vous pouvez commander le livre auprès de l'association Un Zen Occidental (paiement sécurisé Paypal par carte bleue ou carte Visa, suivre le lien en bas de page) ainsi que sur Amazon.fr au prix public de 11 euros + frais d’envois.


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Gudô rôjin Version imprimable

Chers amis,

J'ai la tristesse de vous annoncer que Nishijima Gudô rôshi est décédé ce mardi 28 janvier 2014 à Tôkyô à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans.

L'un de ses disciples japonais m'écrit :

Yesterday I talked with master Nishijima's daughter. She said that she had heard the last word of Sensei from his nurse. When she tried to attach oxygen mask on Sensei, he rejected it and said, 'I decide my death time by myself'. We will attend the funeral ceremony on February 4th and 5th.

Un moment de recueillement sera proposé le 4 février à 18 h au Yoyohata saijô, 2-42-1, Nishihara, Shibuya-ku (Tôkyô). Une cérémonie aura lieu le lendemain à 11 h au même endroit.


Je ferai une cérémonie commémorative le samedi 15 février à 11 h à la Maison du dharma, le jour de l'entrée dans le parinirvâna du Bouddha Shâkyamuni.






le kesa, corps et esprit du Bouddha Version imprimable

Du lundi 31 mars au vendredi 4 avril 2014, j'animerai avec Françoise Laurent une retraite d'enseignements et de pratique consacrée au kesa, la robe du Bouddha. Nous serons accueillis par le Centre zen de Lanau, en Auvergne, près de Saint-Flour. Il s'agira d'un moment exceptionnel puisque, à ma connaissance, une telle retraite n'a jamais été proposée jusqu'à présent en France. Nous reprendrons la forme des fukudenkai, les retraites d'étude et de couture développées par le maître zen Kōdō Sawaki et ses disciples.

Télécharger le dépliant avec tous les renseignements pratiques ainsi que la fiche d'inscription à renvoyer par courrier au Centre zen de Lanau. Renseignements : secretariat@tenborin.org. Vous pouvez aussi m'écrire eric@zen-occidental.net

L'arrivée a lieu le dimanche 30 mars dans l'après-midi, la retraite se termine le 4 avril à midi. La participation est de 195 euros pour les cinq jours. Tout le monde est le bienvenu.

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L'amour est politique Version imprimable

Un texte inspirant reçu pour le nouvel an de Jean-Pierre Cavalié et Françoise Rocheteau. Françoise Rocheteau et Jean-Pierre Cavalié sont délégués régionaux de la Cimade en région PACA. Reproduit avec leur aimable autorisation.

Récemment, une amie m’a soutenu qu’une affiche invitant à l’amour et la paix entre les humains, n’avait pas sa place dans une manifestation, car elle n’était pas politique. Est-ce bien sûr ? Certes, l’amour est LA dimension intime par excellence, mais il n’aime pas être enfermé et il ouvre toutes les portes pour irriguer la vie. Il est comme le sel dans la soupe, le sucre dans le dessert.
Dans le domaine du droit, l’amour c’est la justice et la bienveillance ; en économie, c’est l’équité et le partage ; dans l’éducation, c’est la disponibilité ; au travail, c’est l’attention ; dans le domaine social, c’est la solidarité ; dans l’art, c’est l’esthétique ; dans la spiritualité, c’est l’harmonie…
Et la politique alors ? La seule qui mérite ce beau nom est celle qui est empreinte d’amour, celle qui consiste à servir et non se servir, celle qui fait des rêves et non de sombres calculs, celle qui espère plus qu’elle ne compte. Car la politique sans amour conduit irrémédiablement au chapelet des dominations qui encombrent l’histoire.
Une société aimante est l’antithèse de la société publicitaire et commerçante où tout se vend et tout s’achète, objets, nature, services, jusqu’aux fonctions les plus importantes… et même l’amour ; si ce n’est qu’en lui mettant un prix, on le prostitue ; on le tue, à l’instar des coquelicots que l’on cueille.
Aimer, c’est se reconnaître en l’autre et reconnaître l’autre en soi ; c’est désirer vivre ensemble et y trouver du plaisir. Comment ne serait-il pas la source de toute vie sociale ? Certes,  l’amour est une gamme avec laquelle chacun-e compose ; d’une certaine manière, il façonne une société symphonique et harmonieuse. Car l’amour n’est pas une obligation, mais une liberté et peut-être à la base de toutes les libertés : « aime et fais ce que tu veux ! ». Il est le cœur d’une société libre.
Il est temps de cesser de « faire la politique » comme on « fait la guerre », mais avec d’autres armes. Il est temps de se mettre à  « jouer de la politique » comme on joue d’un instrument. Il est temps d’ouvrir en grand les écoles de musique de la démocratie pour y apprendre à composer des sociétés, un monde, une planète pacifique. Les sceptiques répondront que la violence est propre à la condition humaine.
Eh bien non ! Une anthropologue* soutient, preuves archéologiques à l’appui, que les seules violences attestées chez les premiers humains, sont rituelles et non guerrières. Ces dernières sont apparues avec les surplus productifs et la possibilité d’accumuler. Des sociétés pacifiques, poursuit-elle, ont existé et existent encore aujourd’hui ; elles ont deux caractéristiques : Elles sont non-hiérarchisées ou horizontales, et elles privilégient les valeurs éthiques et spirituelles sur les valeurs matérielles.
L’état de nos sociétés et de la planète, telle que l’idéologie de la violence les a façonnées, n’incite-t-il pas à tenter aujourd’hui une voie pacifique en vivant entre égaux et simplement ? Il est vrai que cela demanderait une grande richesse intérieure, mais celle-là, nous l’avons tous ; elle est gratuite et se multiplie en se partageant. Alors … ?
Que l’année 2014 soit une année d’amour et de paix.


* Marylène Patou-Mathis, Préhistoire de la violence et de la guerre, Paris, Odile Jacob, 2013.

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Goûtez à la saveur du zen Version imprimable

Le 4 février 2014 à Paris
, goûtez à la saveur du zen

Hiroko Kageyama et Le Comptoir Japonais (3 rue Termaux 75011 Paris) ont le plaisir de recevoir Éric Rommeluère et Valérie Duvauchelle pour une soirée culinaire-dégustation zen le mardi 4 février 2014.



Le zen est une tradition vivante au Japon qui a élaboré, au fil des siècles, une cuisine originale connue sous le nom de shôjin ryôri inspirée de principes bouddhistes, mais aussi de l’âme japonaise.

 Autour du menu traditionnel du nouvel an servi dans les temples zen vous pourrez découvrir cette nourriture du corps et de l’esprit.

Les intervenants :

Éric Rommeluère est un moine bouddhiste de la tradition zen. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le bouddhisme.

Valérie Duvauchelle a longtemps étudié la cuisine traditionnelle des temples zen au Japon où elle a vécu une quinzaine d’années. Elle prépare actuellement un livre sur cette cuisine.



Le programme de la soirée (horaires indicatifs, nous vous prions d’arriver instamment avant 19 h et dans la mesure du possible pour 18 h 30) :


- 18h 30 - 19 h 00 : Présentation des intervenants et du Comptoir Japonais.

- 19 h 00 - 20 h 00 : La cuisine zen, nourriture du corps et de l’esprit, par Éric Rommeluère et Valérie Duvauchelle.

- 20 h 00 - 20 h 30 : Présentation du menu et des pratiques de la table, finalisation du repas.
- 20 h 30 - 21 h 15 : Le repas.

- 21 h 15 - 21 h 45 : Questions-réponses autour d’un thé.


L’adresse : 3 rue Termaux 75011 Paris ; Métro Parmentier / Bus 96 arrêt Oberkampf ou Richard Lenoir.

La participation : 40 euros par personne.

 S’inscrire : par téléphone au 06 42 06 71 72 ou par mel
info@zen-occidental.net.

Mise à jour du 25 janvier : la soirée est complète. Merci de votre compréhension.


Le nombre de places étant limité à quinze participants, nous vous remercions de régler à l’avance votre participation par chèque à l'ordre de Un Zen Occidental, 58 rue Armand Saffray 72000 Le Mans, ou par espèces auprès du Comptoir Japonais.
 Seule la réception du chèque au plus tard le 31 janvier vaut inscription définitive.

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Rohatsu - 8 décembre Version imprimable

Le 8 décembre est la date la plus importante de la tradition zen : Le Bouddha s’est en effet éveillé au petit matin d’un 8 décembre (ou plus exactement le 8 du 12e mois selon l'ancien calendrier chinois) après sept jours de méditation ininterrompue. C’est la rohatsu sesshin, littéralement «la retraite du 8 décembre». Cette retraite a comme particularité de se dérouler dans le silence complet et de rien rajouter à la méditation qui est pratiquée tout au long du jour et parfois de la nuit. Il n’y a donc ni enseignement, ni rituel, ni bâton. On sonne une première fois la méditation au début de la retraite et on resonne la fin de la méditation sept jours après. On considère en effet qu’il n’y a qu’une seule méditation qui dure sept jours et sept nuits.

La seconde rohatsu sesshin de notre communauté aura lieu à la Maison du dharma au Mans. Elle débutera le samedi soir 30 novembre par une première méditation à 20 h et se terminera le dimanche 8 décembre par une dernière méditation à 8 h du matin suivie d’une célébration.

Vous pouvez regarder un documentaire diffusé à la fin des soixante-dix qui m'avait à l'époque bien impressionné. Un cinéaste avait pu filmer une
rohatsu sesshin dans un monastère de l'école Rinzai. Pour ceux qui s'inquièteraient, notre pratique sera plus douce pendant ces huit jours.


le fait religieux en prison Version imprimable

Les 28 et 29 octobre 2013, l’Administration Pénitentiaire proposait à Paris, dans les locaux de Sciences Po qui co-organisait l’événement, deux journées d’études consacrées au fait religieux en prison (sous le titre «Le fait religieux en prison : Configurations, apports, risques»). Les journées, denses par le nombre d’interventions, privilégiaient les analyses et les réflexions de sociologues. La teneur des exposés, leur variété, la parole pondérée mais libre des chercheurs, les plaçaient naturellement dans une posture d’interrogation sinon d’interpellation des pouvoirs publics. Ces adresses n’ont évidemment pas échappé à l’ensemble des acteurs du monde carcéral présents à ces journées, l’Administration Pénitentiaire en premier. Au demeurant, la forme du programme, la libre parole des uns et des autres laissait entendre une volonté explicite de l’Administration de se laisser ainsi questionner.

Les différentes études présentées, menées en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Italie, en Suisse et aux États-Unis soulignaient l’hétérogénéité des approches et des traitements du religieux en prison ; elles démontraient aussi l’absence de tout modèle de référence, y compris au sein de l’Union Européenne. Dans le cadre de ces deux journées, elles permettaient particulièrement de mettre en relief le travail d’envergure conduit par trois sociologues français, Céline Béraud, Claire de Galembert et Corinne Rostaing dans les prisons françaises. Leur présentation à trois voix constituait en effet le point d’orgue de ce colloque. Leur enquête, commandée, facilitée et encouragée par l’Administration Pénitentiaire, a duré trois ans. Leur enquête de terrain s’est achevée en 2012 et a abouti à la remise d’un rapport de six cents pages intitulé «Des hommes et des dieux en prison» (non encore disponible sous forme de publication). D’emblée, les chercheurs n’ont pas souhaité réduire leurs travaux à un terrain particulier - le trop attendu «l’Islam en prison» - mais au contraire de les étendre à l’ensemble du phénomène religieux en milieu carcéral. Au croisement de toutes les représentations et de toutes les actions, la figure de l’aumônier est ainsi devenu le sujet privilégié de leur étude, les sociologues s’attachant à cerner son rôle réel, son intégration dans l’espace carcéral et les perceptions qui l’accompagnent.

La place de l’aumônier dans les prisons françaises s’est construite dans la référence au modèle catholique. Dans leurs perspectives et leur terminologie, les textes législatifs et réglementaires toujours en vigueur restent largement imprégnés de ce modèle. Au début du XXe siècle, l’aumônier était l’indispensable auxiliaire de la justice au service de la réhabilitation morale et de la conscience de la peine. Un siècle après et plus encore ces vingt dernières années, les évolutions sont réelles et notables. Elles sont évidemment liées à la sécularisation du monde contemporain, aux nouvelles représentations de l’identité ainsi qu’à l’apparition de nouvelles traditions spirituelles sur le sol français. Aujourd’hui, les aumôneries carcérales sont multi-confessionnelles, à la fois catholiques, protestantes, juives mais aussi musulmanes, orthodoxes et bouddhistes.

Dans la pratique, ces mutations reconfigurent le rôle de l’aumônier qui n’est d’ailleurs plus, dans la plupart des cas, un clerc religieux. Sa fonction n’est plus en effet de soutenir la normalisation du détenu (lui faire accepter sa peine, l’amender) mais plutôt de participer à une œuvre collective de reconstruction de l’individu, à la fois dans ses capacités et dans son identité propre. Tout autant que d’autres intervenants, il s’adresse à restaurer sa capacité d’autonomie, indépendamment même de l’origine ou du parcours religieux des personnes qu’il côtoie. Malgré les différences entres les cultes, l’étude sociologique montre que les aumôniers des différentes traditions, loin de se percevoir en concurrence adoptent en effet une pratique coopérative de soutien et d’accompagnement des individus.

À la différence du monde extérieur, dans l’espace carcéral l’homme ou la femme de religion se perçoit et est perçu comme l’une des ressources d’un processus qu’il faut bien qualifier non de réinsertion mais bien de regénération. La figure de l’aumônier y est particulièrement valorisée. Fait notable : le nombre d’aumôniers en activité dans les prisons françaises a doublé au cours des quinze dernières années alors même que leur agrément et leurs obligations sont rigoureusement encadrés par le législateur. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cette augmentation n’est nullement imputable à l’émergence des aumôneries musulmanes et concerne tous les cultes.

Évidemment, le glissement ou l’élargissement du rôle de l’aumônier crée des incertitudes ou des inconforts parmi les aumôniers eux-mêmes, avec parfois des différences nettes selon les cultes concernés. Aujourd’hui, des aumôniers revendiquent leur activité comme une œuvre civique et demandent une professionnalisation de leur statut (avec le salariat qui y serait attaché). D'autres en revanche, refusent toute forme de professionnalisation de cette fonction.

Un nouveau modèle (ministère) d’aumôneries, inconnu du grand public, a bien émergé dont rend compte cette étude sociologique et dont on attend avec impatience la publication. En tout cas, l’Administration Pénitentiaire l’a bien compris : le statut de l’aumônier, son rôle, mais aussi son mode d’indemnisation (*), est l’un de ses prochains chantiers.

(*) Actuellement, une partie des aumôniers en exercice reçoit des vacations pour couvrir leurs frais, notamment de transport.

Lire un compte rendu détaillé du colloque sur le blog de Jacky Tronel.

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Vivre avec les bêtes Version imprimable

J'étais hier dans l'émission Vivre avec les bêtes sur France Inter pour un entretien avec la philosophe Elisabeth de Fontenay. Vous pouvez réécouter l'émission ici.