Le bouddhisme n’est-il pas censé être apolitique ? Version imprimable

L'élection du très provocateur Donald Trump à la présidence des États-Unis suscite de nombreuses réactions dans les milieux bouddhistes américains. Quelle attitude adopter face à une politique ouvertement anti-féministe, anti-immigrants et qui fait la part belle aux climatosceptiques (entre autres) ?

Depuis plusieurs semaines, un article de Jiryu Rutschman-Byler est largement commenté. Il y appelle en effet la communauté bouddhiste américaine à "résister à Trump". Jiryu est un maître zen de la lignée de Shunryu Suzuki qui vit actuellement au centre zen de Green Gulch Farm en Californie. En décembre dernier, il publie un premier billet sur son blog personnel No Zen in the West. Après avoir reçu de nombreuses lettres et messages, il remanie son texte et le publie dans le magazine bouddhiste en ligne Lion's Roar début janvier. Avec l'aimable autorisation de Jiryu, nous publions cette version remaniée en français sur le site du réseau BASE :

L'article est ici : Le bouddhisme n’est-il pas censé être apolitique ? (cliquez).
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BASE, bouddhisme, action sociale et engagement Version imprimable


Le site du réseau BASE est en ligne! (cliquez sur le lien)

Il s'étoffera dans les semaines à venir. Plusieurs enseignants bouddhistes ainsi que des acteurs de la société civile ont accepté d'y écrire. Vous pouvez d'ores et déjà lire notamment :

La voie du bodhisattva sous l'ère Trump, le texte d'une conférence de David Loy donnée à Boulder dans le Colorado, peu après l'élection présidentielle américaine.

Pour des menus végétariens à l'école, une tribune de Matthieu Ricard.

Le réseau BASE (l'acronyme de Bouddhisme, Action Sociale et Engagement) est le prolongement naturel des actions de l’association
Un Zen Occidental qui promeut depuis une vingtaine d’années un bouddhisme engagé. Le réseau se distingue néanmoins de l’association car il n’a pas vocation à transmettre spécifiquement les enseignements de l'école zen. Il est ouvert à tous les étudiants de la voie du Bouddha quelle que soit leur tradition.

Son objectif premier est le développement du
programme BASE, un programme de formation à l'engagement social.

Le réseau BASE soutient toute initiative qui œuvre au changement social dans une perspective non-violente et intégrative. Les champs de réflexion et d'action sont multiples : l’alimentation, le handicap, la justice, etc.

Les prochains événements :

Le zen et l'art de cuisiner, une conférence-atelier à Paris XVIIIe, le 26 février après-midi. Un atelier proposé par le groupe BASE de Paris, ouvert à tous.

Le bouddhisme en action, le 8 avril 2017 au Forum 104 à Paris, une grande journée qui marquera la naissance officielle du réseau BASE. Programme détaillé à venir. Plusieurs enseignants bouddhistes seront invités à cette occasion.

Manger autrement, une journée-atelier à Paris, le 23 avril 2017,
proposé par le groupe BASE de Paris, ouvert à tous.

Vous pouvez d'ores et déjà vous inscrire à chaque événement en ligne.

Jacques Breton Version imprimable

Le père Jacques Breton est décédé paisiblement ce dimanche 19 février. Il était l’un des principaux acteurs du dialogue bouddhistes-chrétiens en France.

Prêtre catholique, Jacques Breton a tout d’abord été membre d’une fraternité de carmes, puis ermite près de l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, Dans les années 1970, il découvre le zen et suit une année durant les enseignements de Karlfried Graf Dürckheim en Allemagne. Il séjourne ensuite plusieurs mois dans un monastère zen de Tokyo dans le cadre des échanges spirituels organisés par le Vatican. En 1987, il ouvre la maison d’Accueil Assise à Saint-Gervais dans le Vexin qui sera pendant trente ans un lieu d’expériences et de rencontres. Il invite notamment chaque année le maître zen Genshô Hozumi rôshi à animer une retraite zen en France.

Jacques Breton est l’auteur de Vers la lumière. Expérience chrétienne et bouddhisme zen, Paris, Bayard, 1997.

Il sera enterré le samedi 25 février à 15 h en l'Abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire. Le cardinal André Vingt-Trois célébrera une messe en sa mémoire le jeudi 2 mars 2017 en l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris en fin d’après-midi (17 h 30, heure à confirmer).


La nuit de la théologie Version imprimable

Je participe à la Nuit de la théologie organisé par la Villa Gillet, à Lyon, le 26 janvier prochain.

• 19h-20h30 / De la conscience à la prière : la vie intérieure
Entretien avec Catherine Chalier (philosophe), Jean-Marie Gueullette (prêtre dominicain) et Eric Rommeluère (enseignant bouddhiste, écrivain).

• 21h-22h30 / Comment nos convictions religieuses et spirituelles peuvent-elles nous guider dans nos choix politiques et sociétaux ?
Entretien avec Marin Karmitz (producteur et cinéaste) Marion Muller-Colard (théologienne), Jean-Philippe Pierron (philosophe).


• 23h-00h / Quels mots pour dire Dieu ? Comment écrire la Présence ?
Entretien avec Ghaleb Bencheikh (théologien et philosophe), Marc-Alain Ouaknin (rabbin et philosophe) Matthieu Rougé (prêtre et théologien).

Lieu : Institution des Chartreux, 58 rue Pierre-Dupont Lyon 1er Arrondissement.

En savoir plus.

Le jardin de la sincérité pure Version imprimable

Le Jardin de la sincérité pure, lieu de pratique et d'éveil, affilié à l'Association Un Zen Occidental, ouvre ses portes à Namur sous la responsabilité de Luc Saubain.

L'adresse : avenue des Acacias n° 113, 5101 Namur (Erpent), Belgique.

Bus : ligne n° 8 direction Erpent-collège, arrêt "Eglise St Pierre & Paul" (15 mn du centre de Namur).


Les méditations ont lieu le mercredi de 7 h 00 à 8 h 00 et de 19 h 00 à 20 h 30. Une initiation est proposée le premier samedi du mois de 11 h 00 à 12 h 00
(sauf congés scolaires).

Il y aura une soirée d'information et d'initiation le mercredi 26 octobre 2016. 


Informations : par mel à l'adresse namur[arobase]zen-occidental.net, ou par téléphone au 0032 (0) 497.62.95.86 (Luc Saubain).



 

Sagesses Bouddhistes (25 septembre 2016) Version imprimable

J’étais à nouveau accueilli par l’émission Sagesses Bouddhistes pour évoquer cette fois-ci les promesses de la Justice Restaurative, une autre façon de rendre et de vivre la justice. L’Union Bouddhiste de France, les producteurs me font confiance pour parler de ces sujets, et c’est heureux. À chaque fois, je me dis que je devrais amener une caméra pour filmer les coulisses de l’émission et puis j’oublie. Tout paraît simple, deux personnes qui devisent nonchalamment, mais non pas du tout! Il fait chaud, très chaud sur le plateau, un spot lumineux est pointé sur le visage de l’intervenant pour adoucir ses traits, le spot aveugle, on ne voit plus que le ballet des lumières vertes des cinq ou six caméras qui tournent autour du plateau, la chaise étroite empêche tout mouvement des jambes et du buste, et puis l’émission est tournée dans les conditions du direct, on ne la refait pas! Oupps, après débrouillez-vous, soyez zen... Heureusement, l’équipe est toujours chaleureuse. Sandrine Colombo avait longuement préparé cette émission, avait aussi participé à une soirée organisée par la Plateforme Française pour la Justice Restaurative pour comprendre tous les enjeux de la Justice Restaurative.



Dans le prolongement de cette émission, j’animerai une soirée à Paris le 4 octobre prochain sur l’engagement avec les membres de la
Communauté Patience et douceur. Elle est ouverte à toute personne sensible à l’engagement et à la mise en pratique du dharma dans la vie quotidienne. La soirée aura lieu à l’atelier Papillon, 80 rue Philippe de Girard 75018 Paris. L’accueil se fera à partir de 19 h et débutera par un temps de silence partagé à 19 h 30. La participation est libre et consciente. Compte tenu du nombre limité de chaises, pensez à en réserver une par mel à l’adresse paris [arobase] zen-occidental.net. Merci.

Par ailleurs, je suis à la disposition de toutes les personnes qui souhaiteraient réfléchir sur la création d'un
service de Justice restaurative en Sarthe-Mayenne, ma région d’adoption.

S'asseoir tout simplement Version imprimable

Mon nouveau livre publié par les Éditions du Seuil, S’asseoir tout simplement. L’art de la méditation zen est paru. Le prix public est de 15 euros.

Vous pouvez le commander chez votre libraire habituel ou auprès de l’association Un Zen Occidental.


La quatrième de couverture

"S'asseoir, tout simplement" est une célèbre formule de la tradition zen pour décrire la méditation. Sa limpidité dit pourtant l'exigence d'une transformation de soi. Dans l'assise méditative, en effet, le pratiquant est invité non seulement à se désencombrer, mais à se défaire inconditionnellement des peurs et des jugements qui colorent la réalité, pour vivre une expérience d'unité et de simplicité.

Cet ouvrage passionnant est le premier à décrire l'expérience subjective de la méditation. Répondant aux nombreuses questions que le néophyte comme le pratiquant avancé peuvent se poser sur la posture physique, l'attitude mentale, les différentes techniques, la relation avec le maître, il décrit minutieusement, comme cela n'avait jamais été fait, les mécanismes psychologiques qui empêchent ou permettent l'expérience méditative.

Alors que la méditation bouddhiste suscite un réel engouement, notamment par le développement d'une forme simplifiée et laïcisée de celle-ci, la pleine conscience, l'auteur propose également une réflexion critique sur ce nouveau phénomène de société à partir de sa propre expérience de méditant.



Les premières lignes du livre

En 1988, j'étudiais le zen au Japon en compagnie d'autres pratiquants européens. Voyageant de temple en temple, nous arrivâmes au monastère d'Eiheiji dans la préfecture de Fukui, au nord de la grande île de Honshû. Bâti sur les pentes d'une montagne, cet immense monastère est l'un des deux sièges de l'école sôtô, la principale école du zen au Japon. L'abbé était alors un moine respecté du nom de Niwa Renpô. À l'époque, il était également le supérieur général de l'école. Les moines nous avaient avertis : Renpô, qui était âgé de plus de quatre-vingts ans, venait de subir une lourde opération chirurgicale. Il ne pouvait se joindre aux activités quotidiennes du monastère et nous ne pourrions le voir. Il se reposait dans ses appartements tout en haut de la montagne. Après quelques jours, nous fûmes malgré tout autorisés à venir brièvement le saluer, car nous le connaissions, nous l'avions rencontré quelques années auparavant en France. Une consigne nous fut cependant donnée : en sa présence, nous ne devions pas nous incliner ; le protocole supposerait qu'il en fasse autant et son état ne le permettait pas.

Le lendemain, par des corridors de bois serpentant sur le flanc de la montagne, nous rejoignîmes un salon attenant à ses appartements privés. Quelques minutes passèrent, puis le vieux maître entra dans la pièce, soutenu par deux assistants. Il leur parla à voix basse, si basse qu'elle nous était à peine audible. Un flottement se fit sentir. Finalement, je compris : Renpô souhaitait se prosterner devant nous et demandait que l'on étende l'étoffe que l'on utilise à cet effet. Dans la voie des éveillés, se prosterner réclame de se jeter de tout son long dans un geste d'abandon, ordinairement devant l'image d'un bouddha. Mais la parole du maître ne se discute pas et l'un des assistants étendit la pièce de tissu. Deux personnes furent nécessaires pour l'aider à s'accroupir lentement, très lentement, jusqu'à ce que son front puisse toucher terre. Le relever fut terriblement laborieux. Dans la tradition zen, les prosternations vont par trois, et deux fois encore il fallut l'aider. À la fin, il repartit précautionneusement aux bras des moines, vieillard frêle et vacillant, sans avoir prononcé d'autres mots. Tout ce temps, nous étions restés debout, muets et immobiles. Quel choc ! Il était impensable qu'un homme malade et âgé puisse se prosterner de la sorte, encore plus s'il était le chef suprême de l'école sôtô et nous des étrangers qui n'étions rien, tout au plus des pèlerins de passage. Mais l'abbé avait puisé dans la vaillance et la tendresse, et toutes les attentes, toutes les convenances s'étaient brisées – d'un coup. Souvent, je me demande si mes compagnons de voyage se souviennent de la scène, tant ma vie a été renversée ce jour-là. D'un geste, un homme avait pu m'introduire à l'inconcevable, me laissant l'âme nue.



Photographie : Niwa Renpô (1905-1993).

Justice restaurative et communauté Version imprimable

Voici le texte de l'intervention que j'ai donnée dans le cadre du colloque organisé par la Plateforme Française pour la Justice Restaurative, « Rompre avec le crime et la délinquance pour combattre la récidive ? Désistance, justice restaurative et communauté » et qui s'est tenu le 28 mai 2015 à la Maison du Barreau à Paris.

Dans le colloque intervenaient également Brice Deymié (aumônier national protestant des prisons), Robert Cario (
professeur émérite de criminologie à l'Université de Pau, président de l'Institut Français pour la Justice Restaurative), Frieder Dünkel (professeur de criminologie et de droit pénal à l'Université de Greifswald, Allemagne), Astrid Hirschelmann (maître de conférence en psychopathologie et criminologie, directrice adjointe du centre interdisciplinaire d’analyse des processus humains et sociaux, Université Rennes 2), Katrien Lauwaert (chercheuse principale à l’Université de Criminologie de l’Université de Leuven et au European Forum for Restorative Justice, Belgique), Paul Mbanzoulou (directeur de la recherche et de la documentation, École Nationale d’Administration Pénitentiaire), Penny Parker (juriste, responsable pour l’Angleterre et le pays de Galles du programme de justice restaurative Sycamore Tree). Vous pouvez lire un premier compte rendu en cliquant sur le lien. Les interventions filmées seront bientôt diffusées.

La Plateforme Française pour la Justice Restaurative a été créée en 2013 afin de promouvoir la justice restaurative en France. Elle regroupe des professionnels de justice, des aumôniers en milieu carcéral, des criminologues, des juristes, des spécialistes de l’aide aux victimes et des chercheurs.


De gauche à droite : Paul Mbanzoulou, Éric Rommeluère, Brice Deymié et Robert Cario.



Justice restaurative et communauté

La loi du 15 août 2014

La Loi du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales1 et plus particulièrement les dispositions relatives à la contrainte pénale ont suscité, des mois durant, des débats passionnés. Pour reprendre les termes d’une analyse de Robert Badinter et de Pascal Beauvais, la contrainte pénale, cette nouvelle peine en milieu ouvert, a instauré « un nouveau paradigme de justice pénale dans lequel la peine est moins un châtiment ponctuel et définitif, infligé en rétribution d’une faute, qu’un régime continu de contrôle et d’évaluation de la personne condamnée2. »

L’inscription, dans cette même loi, de mesures dites de justice restaurative à tous les stades de la procédure pénale participe également d’un nouveau regard sur le sens de la peine, ce qui n’a pas ou peu été relevé jusqu’à présent. Dans l’esprit du législateur, cette inscription visait en premier à conformer le droit français à la directive de 2012 du Parlement Européen relative à la protection, aux droits et au soutien dû aux victimes3, mais à l’évidence, il y a un effet de congruence dans l’ensemble des dispositions de cette loi d’août 2014. Une promesse se fait jour.

Au sens de la loi, il faut entendre par mesures de justice restaurative, des dispositifs où auteurs d’infraction et victimes participent activement à « la résolution des difficultés résultant de l’infraction, et notamment à la réparation des préjudices de toute nature résultant de sa commission4. » La formulation qui peut, au premier abord, paraître obscure permet d’embrasser un éventail de dispositifs qui ont des modalités d’application parfois fort différentes. Pour l’instant, les expérimentations françaises se sont limitées à trois types de dispositifs :
-    Les rencontres détenus-victimes, où participent des personnes détenues et des personnes victimes qui ne se connaissent pas et qui ne sont pas concernées par la même affaire ;
-    Les  rencontres condamnés-victimes, sur le même principe, mais avec des personnes condamnées qui exécutent leur peine dans le cadre d'une mesure de probation ;
-    Les cercles de soutien et de responsabilité où des personnes sorties de détention sont accompagnées dans leur réinsertion.


Les mesures de justice restaurative

Mais la justice restaurative ne se limite pas au seul cadre de la procédure pénale. Des dispositifs similaires peuvent être proposés pour résoudre des conflits interpersonnels, soit qu’ils n’entraînent pas de procédure soit qu’il s’agisse de conflits intersociaux qui mettent en présence des groupes et non des individus. Cette apparente hétérogénéité tient au fait qu’il ne s’agit pas de procédures autonomes, mais des mises en acte d’un autre paradigme de justice qui s’exprime là de façon plurielle. Quelle que soit leur forme, ces dispositifs sont avant tout des espaces de parole. On ne peut néanmoins les appréhender comme de simples exercices cathartiques dans des moments où la parole défaille ou fait défaut. La justice restaurative est en effet une vision engagée. Elle revendique une restauration à la fois personnelle et sociale des personnes et les dispositifs sont pensés comme tels.

La justice restaurative a déjà une longue histoire dans les pays anglophones, avec des appréciations diverses, notamment sur la compatibilité ou l’incompatibilité entre justice restaurative et justice pénale. Les restauratifs réunis au sein de la Plateforme Française pour la Justice Restaurative ne considèrent pas la justice restaurative comme une alternative à la justice pénale, mais comme une façon d’interroger la justice dans ses formes actuelles : déjà, non pas que devons-nous faire du criminel, mais que devons-nous faire pour la victime ? Les dommages psychologiques ou relationnels sont-ils opaques à la justice ? La peine remplit-elle son rôle de réparation symbolique ? La peine est-elle la seule forme de réparation possible ? La peine a-t-elle pour fonction de rétablir les individus dans les normes existantes, avec toute la puissance coercitive requise ? Enfin, comment est-il possible de laisser émerger toutes ces questions ? La Plateforme Française pour la Justice Restaurative entend susciter un débat collectif où toutes ces questions pourront être posées.


La communauté


L’originalité, sinon l’essence de la justice restaurative est la place qu’elle accorde à la communauté. En pratique, les rencontres détenus-victimes ou condamnés-victimes ne sont pas des dispositifs de dialogues entre auteurs d’infraction et victimes en présence d’un tiers facilitateur ou d’un médiateur quel que soit le titre que l’on donne à ce professionnel, mais des trilogues où la parole est également donnée à un ou des « membres de la communauté ».

De tels dispositifs sont des adaptations d’anciennes pratiques de justice ou de résolutions des conflits au sein de communautés où des hommes et des femmes partageaient des liens étroits culturels ou d’affection (à l’exemple des cercles de détermination de la peine mis en place dans les années 1980 dans les communautés autochtones canadiennes). La communauté tout entière se sentait concernée par les conflits et participaient à l’œuvre de justice. Dans ses formes adaptées, la justice restaurative s’applique à une variété de conflits et de contextes. Les notions de communauté, de restauration des personnes et des liens sociaux fait immédiatement sens dans certains contextes, par exemple en milieu scolaire. Un conflit peut  affecter la vie sociale de toute une classe, voire d’une école. Les élèves, les familles, les professeurs, tous se sentent concernés. Des mesures de justice restaurative peuvent alors être mises en place où la communauté – l’ensemble des personnes concernées directement ou indirectement par ces difficultés – témoignera à la fois de son souci et de sa volonté de les résoudre.

Mais si l’on dépasse le cadre de communautés locales ou d’intérêts, cette notion de communauté peut-elle encore faire sens au sein d’un État-nation ? Ce terme est-il simplement un autre mot pour dire la société, avec plus de chair, d’épaisseur ou d’humanité ? Son emploi relève-t-il d’une mécompréhension du politique ou bien, au contraire, d’une espérance ?

Les restauratifs s’interrogent sur ce qui fait société, qu’il s’agisse de formes instituées ou non, comment les liens sociaux, se font, se défont et se restaurent. Dans le mot de communauté, on entend le commun, c’est-à-dire ce qui nous lie les uns aux autres hors de toute volonté propre mais également une forme sociale ou politique ordonnée par ce commun. Dans le cadre des mesures de justice restaurative telles qu’elles sont désormais instituées par la loi française, la communauté n’est sûrement pas une communauté de langue, de culture ou d’histoires partagées ; ce n’est pas non plus une communauté locale ou d’intérêts ; ce n’est pas la société civile, au sens d’une appartenance citoyenne où chaque individu est un sujet de droits et de devoirs ; la communauté n’est pas plus définie par la conception politique d’un bien commun. Les diverses recommandations du Conseil de l’Europe parlent, elles, de « sanctions et de mesures appliquées dans la communauté », autrement dit en milieu ouvert par opposition au milieu fermé de l’emprisonnement, mais ce qui fait communauté n’y est pas pensé.

Si l’on entend par communauté le simple tissu social, on manque l’originalité de la justice restaurative qui appelle à une certaine posture existentielle, éthique et sociale. Dans ces différentes pratiques (ou mesures), chaque participant se sent interpellé – affecté serait plus juste – par quelque chose d’autre qu’une communauté de langue, d’histoire, de culture, de droits, de devoirs ou même de conceptions. Quel est cet autre, si ce n’est la vulnérabilité qui fait le socle commun de nos existences ? Nous sommes vulnérables ; quels que soient les contextes, et les formes de ces pratiques, je crois que la justice restaurative nous invite à ressentir cette dimension de l’existence, à penser et à agir à partir d’elle.

La vulnérabilité n’est pas la simple précarité face au temps qui passe, aux maladies, à la faim ou à la soif, il s’agit d’une vulnérabilité face à la violence d’autrui. La violence n’est pas la seule agression physique ; le jugement, le déni, le mépris, le rejet, l’humiliation, l’exclusion sont d’autres formes. Je suis vulnérable à autrui tout comme autrui m’est vulnérable. Je peux l’assujettir par la violence ou au contraire je peux m’engager auprès de lui sous le mode de l’écoute et de la sollicitude. Reconnaître la vulnérabilité et en prendre soin est déjà une manière de faire société, que nous partagions la même langue ou non, la même culture ou non, la même citoyenneté ou non, les mêmes conceptions ou non. Certes, dans les pratiques de justice restaurative, la vulnérabilité n’est pas immédiatement pensée comme un fondement éthique, mais elle est là, toujours implicite, lorsque sont questionnés tout au long du processus restauratif les besoins de chacun, les victimes et les auteurs d’infraction.

Aujourd’hui, cette reconnaissance de la vulnérabilité est rendue opaque par le pouvoir normatif de la performance et de la compétitivité. Ceux qui subissent trop le poids de leur vulnérabilité deviennent vite hors-jeu. La justice pénale, dans ses formes pratiques et théoriques, est un cadre étroit qui ne permet pas de penser la vulnérabilité, sinon de façon accessoire. La justice restaurative, quant à elle, permet de restaurer une vision de la vulnérabilité, de la considérer, de la prendre compte et qu’elle fasse sens socialement.

Le terme de communauté n’est toujours pas défini. Il résiste en fait à toute assimilation. Ce n’est ni l’identité communautaire, ni la nation, ni la société civile, ni le tissu social. Son utilisation exprime l’espoir qu’une société puisse se penser différemment. La violence n’est pas simplement interpersonnelle, elle est également produite par le corps social qui peut lui aussi endommager, humilier et exclure. En tant qu’individu, nous sommes constamment interpellés par la violence sociale, par la violence légitimée : Qu’est-ce qui est acceptable ? Qu’est-ce qui est souhaitable ? À l’inverse, une société peut également restaurer, élever, inclure. Chacun de ses membres peut être appelé à se vivre comme un membre de la communauté, où ce qui est commun le rend responsable et l’engage.

Dans les pratiques de justice restaurative, l’individu-citoyen, ordinairement simple spectateur du processus de justice, prend une autre posture. En tant que membre de la communauté, il devient non seulement le témoin mais également le soutien d’un processus restauratif. Il participe à l’œuvre de justice ; il ne rend pas la justice, mais il prend soin de la justice. C’est une autre vision de l’être social.


Conclusion

La justice restaurative peut être décrite comme un dispositif social qui a ses pratiques et ses règles instituées, « les mesures ». Une telle présentation présente un risque, celle de restreindre la justice restaurative à une dimension utilitaire : dans le cadre du processus pénal, elle servirait à prévenir la récidive, à favoriser la désistance, ou si l’on se situe dans l’infra-pénal, elle ne serait qu’un autre mode de résolution des conflits ; elle se résorberait alors dans une technique quelle que soit sa pertinence ou sa valeur. Je le crois, la justice restaurative doit être appréhendée autrement, non seulement comme une pratique mais comme une façon nouvelle de faire société, dans sa dimension existentielle et éthique d’être ensemble et jusque dans ses formes sociales. La communauté, ce mot qui interpelle, nous invite à repenser : qu’est-ce qui nous lie et qui permet de faire advenir une société ?


Notes

1. Loi n° 2014-896 du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l'efficacité des sanctions pénales.
2. Robert Badinter et Pascal Beauvais, « À propos de la nouvelle réforme pénale », Dalloz Actualités, 29 septembre 2014.
3. Directive 2012/29/UE du Parlement Européen et du Conseil du 25 octobre 2012 établissant des normes minimales concernant les droits, le soutien et la protection des victimes de la criminalité et remplaçant la décision-cadre 2001/220/JAI du Conseil.
4. Loi n° 2014-896, chapitre III, article 18.


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