Mercredi 10 Février 2010
Quel bouddhisme – Pourquoi - Pour qui
Un extrait d'un article de Giuseppe Jisô Forzani et Mauricio Yûshin Marassi reproduit avec leur aimable autorisation. Jisô Forzani et Yûshin Marassi enseignent dans la lignée de Uchiyama Kôshô (1912-1998). Jisô Forzani est actuellement directeur général de l'école Sôtô pour l'Europe. Lire le texte complet.
Le bouddhisme n’est pas une explication de la réalité, une cosmologie ou une philosophie herméneutique. Ce n’est pas non plus une utopie ou une doctrine sociale permettant de modeler la réalité. Ce n’est ni une doctrine ni une orthodoxie. Ce n’est pas une thérapie pour soigner le mal-être psychologique individuel. Le bouddhisme est la voie qui indique comment mettre en pratique l’expérience indifférenciée de l’homme et de…, du relatif et de l’absolu, du conditionné et de l’inconditionné, du fini et de l’infini. C’est une expérience de profonde unité qui ne peut être vécue que dans la foi, dans l’abandon et le renoncement à poser la pensée humaine comme détermination finale de la réalité.
Dans l’expérience chrétienne, la foi est un mouvement de l’esprit, un élan du cœur au-delà de lui-même, une ouverture inconditionnelle à Dieu. Dans le bouddhisme, la foi est une expérience vécue totalement avec le corps et l’esprit, un acte de confiance pur et serein sans la moindre construction d’un objet, laquelle, d’ailleurs, est toujours le premier pas vers l’aspiration pour se l’approprier. Cette expérience est synthétisée dans l’assise silencieuse, cet acte du corps, du mental et de l’esprit que nous appelons zazen. Zazen est l’acte de la foi, la foi en acte parce que c’est le moyen concret, la position du corps et de l’esprit qui met en pratique cette relation non duelle dans la simple assise. Dans une terminologie chrétienne, nous pouvons dire qu’en zazen Dieu et l’homme sont non deux, parce qu’en zazen on est libre de Dieu et du moi. Ou encore dans les paroles de Dôgen : 自己の身心および他己の身心をして脱落せしむるなり jiko no shinjin oyobi tako no shinjin wo shite datsuraku seshimuru nari – abandonner corps et esprit de soi-même et corps et esprit de l’autre. Ici la relation n’est pas soutenue par l’idée du moi ni du toi, la relation est elle-même identité et rien n’obstrue la liberté.
Cela – au moins dans un environnement de personnes qui pratiquent zazen depuis longtemps – n’est pas si difficile, du moins à comprendre. Bien plus difficile est la réalisation et la transmission de la qualité qui transforme le zazen en un acte religieux dans une vie religieuse, tout en le tenant à l’abri de devenir – comme cela a été le cas maintes fois – une voie de puissance, d’acquisition de pouvoir et, en définitive, une forme de vie soutenue par la mort. Cette qualité fait qu’on peut être grand seulement en demeurant petit, maître seulement en vivant comme un disciple, sans aucune velléité ni d’accumuler, ni d’apparaître ni de compter. Afin de jouer un rôle vital dans le processus historique actuel – au-delà des rituels de parade auxquels nous sommes invités ou nous participons « de façon qu’il y ait aussi les bouddhistes » aux tables plus ou moins rondes du banquet « interreligieux », pour avoir droit si possible à un morceau de tarte – une profonde réforme de l’intérieur est avant tout nécessaire. Il faudra progressivement abandonner la dérive formaliste, hiérarchique et ecclésiastique qui est en train d’absorber tant de notre énergie, revitaliser la spiritualité de la simplicité et de la gratuité, la culture du cœur innocent au lieu de consolider la volonté de puissance. Sans la capacité, avant tout, de convertir notre cœur, notre présumée capacité à pratiquer zazen n’aura aucun sens et cela pourra finir par devenir – comme beaucoup de signes l’indiquent et le démontrent déjà – une autre proie que le monde de l'accumulation et du « mien » serait bien heureux d'absorber pour en faire un autre instrument raffiné.
La tradition n’est pas une force d’inertie ni la répétition mécanique de gestes et façons de faire stéréotypées, la transmission n’est pas l’appropriation de modèles ni l’exhibition personnelle de certificats et documents. Prendre soin de la génération présente et à venir n’équivaut pas à consolider l’atteinte d’une quelconque position et à protéger son troupeau. La réforme incessante qui fait bouger la roue du dharma est le retour même à ce vide vital chaque fois qu’elle risque de s’embourber dans le calcul des bénéfices et des profits.

Photographie : Jisô Forzani.
Jiun Éric Rommeluère
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Mardi 09 Février 2010
Le style
Kafû 家風, le style d'enseignement, lit. "le style de la maison".
Pour S. qui me demandait hier : « Que veut dire recevoir la transmission d’un maître ? »
Un moine demanda : « Maître, comment exprimeriez-vous votre propre style ? »
Le maître Zhaozhou répondit : « À l’intérieur, je ne trouve rien. À l’extérieur, je ne cherche rien. »
Chaque lignée de transmission, chaque maître possède un style d’enseignement qui lui est propre. Jour après jour, mois après mois, année après année, le disciple sonde ce style. Que signifie-t-il ? Qu’exprime-t-il ? Il reçoit les enseignements formels de la lignée mais il apprend tout autant des gestes, des paroles et des silences du maître. La rencontre doit être réelle, vivante, intime, sans quoi même les plus merveilleux des enseignements ne sont que des mots vides. Lorsque le maître et le disciple deviennent transparents l’un à l’autre et que la rencontre n’exprime plus que la joie du dharma, la transmission est accomplie.
Jiun Éric Rommeluère
- 10:58
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Dimanche 07 Février 2010
Shukke 3
Shukke 出家, moine ; lit. quitter la maison.
Zaike 在家, laïc ; lit. demeurer à la maison.
En 1872, le gouvernement japonais de Meiji promulgua le décret n° 133 qui levait l’interdiction faite aux moines bouddhistes de se marier et de consommer de la viande. De notre point de vue aujourd’hui, une telle autorisation, qui plus est émanant d’une autorité extérieure aux institutions bouddhistes, peut sembler anecdotique. Mais pour tous les moines d'alors, ce décret faisait vaciller les piliers même du bouddhisme. Le célibat et l’alimentation végétarienne fondaient en effet spécifiquement l’identité du moine au Japon. Les autorités arguaient qu’une large proportion des bonzes avait une concubine et que le décret ne faisait que reconnaître un état de fait. En réalité, le décret s’insérait dans une série de violentes mesures prises par un gouvernement ouvertement anti-bouddhiste.
Les milieux bouddhistes ne s’y trompèrent pas. Plusieurs monastères zen avertirent qu’ils expulseraient les moines qui enfreindraient les deux préceptes. Nishiari Bokusan, l’une des plus grandes figures de l’école Sôtô de l’époque, écrivit un pamphlet virulent intitulé "De la réfutation du mariage des bonzes". En 1878, le gouvernement répondit à la fronde que le fameux décret n° 133 ne faisait qu’abroger une loi et que le gouvernement n’avait justement pas à se mêler des affaires internes aux écoles bouddhistes. Les moines persistèrent dans leur critique de l’édit qu’ils percevaient comme infamant et comme légitimant la sécularisation. Ils n’eurent pas gain de cause et en quelques dizaines d’années, la sécularisation fut totale.

Sur cette photographie prise au temple de Shuzenji en Meiji 38 (1905) on distingue de gauche à droite :
Oka Sotan (1860-1921), abbé de Shuzenji, fondateur du temple d’Antaiji
Nishiari Bokusan (1821-1910), abbé de Sôjiji
Hioki Mokusen (1847-1920), abbé de Kasuisai, 66e abbé d’Eiheiji
Toutes les lignées modernes de l’école Sôtô sont issues de leurs enseignements.
Jiun Éric Rommeluère
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Mercredi 03 Février 2010
La fin du dharma
Mappô 末法, la fin du dharma ; lit. le dharma final.
Masse 末世, la fin du temps ; lit. l'époque finale.
Le cours de la rivière qui va jamais ne tarit, et pourtant ce n’est jamais la même eau. L’écume qui flotte sur les eaux dormantes tantôt se dissout, tantôt se reforme, et il n’est d’exemple que longtemps elle n’ait duré. Pareillement advient-il des hommes et des demeures qui sont en ce monde… L’un meurt le matin, l’autre naît le soir, ainsi qu’il est coutume de l’écume sur l’eau. Et l’on se sait, de ceux qui naissent et qui meurent, d’où ils viennent, où ils s’en vont. Non plus que l’on ne sait, de ces précaires abris, pour qui à grand peine ils furent construits, pourquoi ils ont réjoui les yeux. Cette façon qu’ont maître et demeures de rivaliser en impermanence, voilà qui, si j’ose dire, est goutte de rosée sur belle-du-matin. Tantôt la rosée choit et la fleur survit. Elle a survécu certes, mais au soleil du matin s’est dissipée. Tantôt la fleur flétrit et la rosée encore ne s’évanouit. Elle ne s’est évanouie certes, mais de mémoire d’homme, elle n’a atteint le soir.
(Premières lignes du Hôjôki – Kamo no Chômei, Les notes de l’ermitage, traduction française René Sieffert, POF).
Pour bien comprendre le contexte religieux de l’époque de Dôgen, lisez le fameux Hôjôki (« Notes de l’ermitage de dix pieds carrés ») du poète Kamo no Chômei (version anglaise en ligne). Tous les Japonais connaissent le passage inaugural de ce chef-d’œuvre de la littérature japonaise. Le texte, rédigé l’an 1212, est imprégné des sentiments d’impermanence, de déréliction et de fin du monde qui prévalaient à l’époque. Chômei (1153-1216), un petit aristocrate poète de cour, avait, au mitan de sa vie, prit les vœux bouddhistes et s’était retiré dans un petit ermitage sur le Mont Hino non loin de Kyôto. La première partie du Hôjôki est une longue description poignante et douloureuse des calamités de toutes sortes qui s’abattirent sur la ville impériale à la fin des années 1170 et au début des années 1180 : incendies, famines, tremblement de terre ; la seconde, sa vie dans son ermitage dans la dévotion au bouddha Amida.

Une reconstitution de la hutte de dix pieds carrés de Kamo no Chômei.
Jiun Éric Rommeluère
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Mardi 02 Février 2010
Shukke 2
Mais le contexte actuel est radicalement différent du contexte japonais du XIIIe siècle. Les réponses que nous apportons aujourd’hui répondent à nos contextes. Tout comme les réponses de Dôgen et de Shinran répondent à leur propre contexte. Pour bien comprendre la différence de position entre l’un et l’autre, il faut savoir que leurs perspectives et même toutes leurs œuvres ne sont qu’une longue réponse à la seule question bouddhiste qui valait d’être posée à l’époque : Que faire au temps de la fin ? Toutes les écoles japonaises partageaient alors une doctrine commune sur la déliquescence progressive de l’enseignement du Bouddha. Selon cette doctrine, le dharma passait par trois périodes successives que l’on nommait la période du vrai dharma, la période de l’imitation du dharma et la période de la fin du dharma. Cette dernière période est marquée par l’impossibilité de tout éveil et l’inutilité de toute pratique. La détermination de la date d’entrée dans cette dernière période avait fait l’objet de savants calculs. Pour les Japonais, cette ère de la fin avait débuté en l’an 1052. Ils en voyaient les signes dans les multiples désastres, guerres et famines qui ravageaient le pays.
En ce XIIIe siècle, quelle réponse donner à cette déliquescence ? Pour Shinran, l’entrée dans la fin requiert un changement radical de perspective et d’attitude. Toute pratique est inefficace, mais l’on peut être sauvé en s’en remettant au Bouddha Amida qui avait fait le vœu que quiconque l’invoquerait renaîtrait en sa Terre Pure, un paradis éclatant dénué de souffrance. Pour Shinran, tous les modèles traditionnels sont devenus caducs et la voie du moine est épuisée. Être « ni moine ni laïc » est l’attitude religieuse appropriée dans l'ère de la fin du dharma. Pour Dôgen, au contraire, seule une pratique authentique, qui suppose un abandon de soi dans la méditation permettrait de faire revivre le vrai dharma. Non seulement, la voie du moine n’est pas caduque, mais elle seule, permet de restaurer le vrai dharma du Bouddha.

Un portrait de Shinran, qui, bien que ni moine ni laïc, portait la robe traditionnelle.
Pour une réflexion plus approfondie : Shinran's Philosophy of Salvation by Absolute Other Power, un article d'Alfred Bloom (anglais, document PDF, sur le site du Nanzan Institute). Une critique de Dôgen dans son Shôbôgenzô zuimonki (anglais, sur le site de l'école Sôtô).
Jiun Éric Rommeluère
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Vendredi 29 Janvier 2010
Shukke
Bien que j’ai formellement reçu l’ordination de moine de Deshimaru Taisen, je ne me suis jamais permis de m’appeler comme tel. La tradition zen japonaise s’est sécularisée et même si l’on transmet toujours cette ordination, plus personne aujourd’hui ne suit cette voie au Japon si ce n’est quelques exceptions. Après la guerre, Uchiyama Kôshô (1912-1998) a ainsi vécu plusieurs années de la seule pratique de la mendicité (takuhatsu) selon l’ancienne tradition monacale. En 1968, il a écrit un livre sur son expérience de l’humilité et de la simplicité, Nakiwarai no takuhatsu, dont vous pouvez lire une traduction anglaise Laughter Through the Tears: Kosho Uchiyama Roshi on Life as a Zen Beggar ici.
Shukke, le moine, signifie littéralement « quitter sa maison ». Dans les contextes anciens, il s'agissait de rompre avec ses obligations sociales et familiales, entrer dans une communauté pour ne se consacrer qu'à l’exercice de la voie. On adoptait alors un certain nombre de conduites, les trois plus essentielles étant de se raser les cheveux, de revêtir l’habit et de vivre d’aumônes. La vie monastique implique aussi le célibat et une alimentation végétarienne (au Japon, ces deux règles qui étaient considérées comme ne formant qu’un seul précepte ne sont plus observées depuis plus d’un siècle). Lorsque j’ai reçu cette ordination, Maître Deshimaru m’a rasé le crâne ou plus exactement le shura, la dernière mèche de cheveux. Il m’a donné l’habit noir, le kesa ainsi que les bols de moine. Mais cette ordination restât largement symbolique, comme cela se fait aujourd’hui au Japon, bien qu’elle décidât irrémédiablement de l’orientation de ma vie.
Tout au long de ces années, je me suis plutôt considéré comme n’étant « ni un moine ni un laïc » pour reprendre l’expression de Shinran (1173-1262), le fondateur de l’école Jôdo shinshû au Japon. Shinran ressentait que son aspiration de bodhisattva devait transcender ce clivage. Être un moine ou un laïc est une condition alors que la voie du bodhisattva n’est pas limitée par un statut particulier. À son époque, on considérait que cette aspiration devait nécessairement s’incarner dans une condition et qu’on était soit un moine-bodhisattva (shukke bosatsu) soit un laïc-bodhisattva (zaike bosatsu). Dôgen suit cette présentation et fait l’éloge de la supériorité de la voie du moine-bodhisattva comparée à celle du laïc. Vous pouvez lire par exemple son livret intitulé Shukke kudoku, « Les mérites du moine » (traduction anglaise de Shasta Abbey au format pdf). Pour Shinran en revanche, le bodhisattva ne fait plus le choix d’être soit un moine soit un laïc, son aspiration doit s’incarner dans une autre forme. De fait, Shinran, bien que moine, prit une épouse et eut plusieurs enfants.
Choisir non seulement un style mais une conduite de vie bouleverse nécessairement son rapport au monde. Être aujourd’hui soutenu par des dons m’offre l’occasion d’approfondir la simplicité et le contentement de la vie. Chaque jour, nous dépensons une énergie infinie à nous préserver, à nous conforter. Nous sommes encouragés depuis notre enfance à être raisonnable, autrement dit à adopter la voie de l’auto-préservation : il nous faut plaire, séduire, travailler, construire, sécuriser, pour s’épargner le temps d’une vie la vision profonde de la réalité : il n’y a rien sur quoi s’appuyer. Le dharma nous apprend et nous incite à faire fi de ces stratégies de fuite. Il nous invite donc à la déraison. La voie du moine, évidemment, radicalise cette déraison.
Jiun Éric Rommeluère
- 18:50
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Mardi 26 Janvier 2010
Infos UZO
À noter que la page d'information concernant notre retraite d'été est désormais en ligne. Comme l'année dernière, il y aura deux sessions de sept jours de méditation, du 10 au 17 juillet puis du 18 au 26 juillet 2010. Elle se déroulera au Moulin de Vaux dans la Sarthe.
Une photographie prise l'année dernière pendant la retraite. Nous étions allé méditer dans le parc de la Chapelle Sainte-Cécile.
Jiun Éric Rommeluère
- 22:40
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Mercredi 20 Janvier 2010
Le grand silence
Les personnes viennent et acceptent cette proposition de silence, ils ne parlent évidemment pas, mais gardent aussi le silence du corps en restant immobile sans plus bouger, du moins apparemment. Car l’être résiste de toutes parts à la découverte du silence. Le plus souvent donc, en méditation, « ça » pense, autrement dit même si consciemment on accepte le silence et on s’y conforme, inconsciemment, tout s’oppose à l’intérieur de soi et le bavardage mental remplit tout l’espace intérieur, parfois très articulé, parfois moins. Même lorsque l’esprit se calme, on est encore loin de s’abandonner au silence.
Demeurer dans le silence n’est pas simplement se taire mais la décision de l’esprit qui face à lui-même rompt toutes les stratégies, à la fois conscientes et inconscientes, pour combler l’espace vide. Il s’établit alors dans la nudité et la pureté du cœur.
Jiun Éric Rommeluère
- 09:37
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Mercredi 06 Janvier 2010
Mr Nobody
(Jaco Van Dormael, Mr Nobody, Stock, 2006, p. 15)
Dans une autre vie, je m’appelais aussi Éric Rommeluère. Mercredi 13 janvier sort sur les écrans Mr Nobody, le nouveau film de Jaco Van Dormael. Ce film est cher à mon cœur. Pour la petite histoire, j’ai travaillé plusieurs années sur son développement et sa production (le film a nécessité six ans de travail). Sur la bande-annonce, vous écoutez la musique envoûtante de Pierre Van Dormael, décédé en septembre 2008.
Jiun Éric Rommeluère
- 14:12
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Lundi 04 Janvier 2010
Tiger Woods doit abandonner sa foi bouddhiste
...Whether he can recover as a person depends on "his faith. He's said to be a Buddhist. I don't think that faith offers the kind of forgiveness and redemption that is offered by the Christian faith. So my message to Tiger would be, "Tiger, turn to the Christian faith and you can make a total recovery and be a great example to the world."
... Reprendre possession de lui-même ne dépendra que de "sa foi. Il a dit être bouddhiste. Je ne pense pas que cette foi-là offre le genre de pardon et de rédemption qui sont offerts par la foi chrétienne. Mon message à Tiger serait donc : «Tiger, tournez-vous vers la foi chrétienne et vous pourrez complètement guérir et être un grand exemple pour le monde. »"
Le conseil du célèbre éditorialiste est déjà longuement commenté sur les blogs américains.
Dans nos pays européens, on ne se convertit plus guère. Dans le mouvement où l'individu découvre et s’approprie une tradition religieuse, s’ouvre un champ où les systèmes de pensée peuvent se désagréger, se côtoyer, se remodeler, s’imbriquer mais non forcément s’exclure. L’adhésion (à un nouveau système) ne se confond plus avec la séparation ou le rejet (d’anciens systèmes). Les contradictions sont gérées, digérées plus qu’elles n’invalident la coexistence des systèmes. Pour la plus grande majorité des pratiquants, une telle « recomposition du croire » conduit simplement au « bricolage spirituel », pour reprendre la terminologie de la sociologie contemporaine, plus exceptionnellement à la double appartenance religieuse assumée, le bouddhisme et une religion du Livre par exemple, pourtant a priori incompatibles puisque le bouddhisme est athée.
Dans un remarquable article publié dans un ouvrage sur la double appartenance religieuse, le Français Fabrice Blée, actuellement professeur à la Faculté de théologie de l’Université Saint-Paul d’Ottawa, relate et analyse son expérience de chrétien et de bouddhiste (Fabrice Blée, « Quelle voie chrétienne-bouddhiste ? » in Vivre de plusieurs religions : Promesse ou illusion ?, sous la direction de Dennis Gira et de Jacques Scheuer, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2000, p. 151-160). Il faut lire avec attention ce témoignage qui est celle de la subjectivité en acte. Le ton est donné dès les premières lignes, cette double appartenance assumée « se fonde sur une approche subjective, en ce sens qu’elle répond avant tout à un effort personnel d’auto-compréhension, en marge des normes ecclésiales et qui échappe à la plupart des cadres théologiques. » Le texte montre un homme de foi toujours à la pointe de l’interrogation intérieure tout en se refusant au syncrétisme. La tension que peut susciter la confrontation des deux systèmes est résolue en ramenant le christianisme sur le terrain d’une pensée et le bouddhisme sur celui d’une pratique, sur le fond d’ailleurs d’un dualisme de l’esprit et du corps résumé en ces termes : « Je n’ai cessé de mener de front études théologiques et pratique bouddhique. »
Fabrice Blée y définit son appartenance au bouddhisme comme le fait d’avoir adopté une pratique de méditation et d’être engagé dans une relation de maître à disciple. Dès lors, l’incompatibilité d’un christianisme et d’un bouddhisme athée s’efface, « dans son refus de parler d’un Dieu créateur, le bouddhisme écarte le risque d’en faire une réalité objective, et réduit du même coup tout dualisme auquel le chrétien se retrouve souvent en proie. » Si Fabrice Blée définit un système religieux comme l’interaction d’une tradition, d’une représentation du monde et d’une expérience religieuse, celui-ci montre que son propre rapport au bouddhisme est à l’inverse de son rapport au christianisme. Le premier part de l’expérience méditative (vécue comme une expérience d’intériorité animée d’un mouvement centrifuge), l’autre de la tradition (vécue comme une extériorité qui se donne dans un mouvement inverse, centripète) : « Je serais tenté d’emblée de dire que je fais partie du christianisme, mais que le bouddhisme fait partie de moi ; ou, pour le dire par défaut, d’un côté, je ne peux m’éloigner du christianisme, de l’autre, je ne peux éloigner de moi le bouddhisme. »
Cette confession, singulière par la posture prise et sa forme introspective, est cependant emblématique de la nouvelle subjectivation de l’expérience religieuse. Un article à lire ou à relire avec attention.
PS : La mère de Tiger Woods est thaïlandaise. Dans une interview donnée en 1996, il disait : "Je crois dans le bouddhisme, pas dans tout, mais dans la plupart de ses aspects. Je prends des morceaux. Je ne crois pas que des êtres humains puissent réaliser l'éveil suprême [du Bouddha], car l'homme a des faiblesses."
Jiun Éric Rommeluère
- 08:11
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Samedi 02 Janvier 2010
Décroissance : Suggestions de lecture
D’Alexis :
Simone Weil, Écrits historiques et politiques (Recueil de textes), Collection Espoir. NRF. Livre téléchargeable ici.
Ingrid Auriol, Est-il encore aujourd'hui possible d'habiter un monde ici ?
Le blog de Romain Kroes.
D’André :
Christian Arnsperger, Critique de l'existence post-capitaliste, Éditions du Cerf, 2009, spécialement pp. 125-131 et 204-221.
De Bernard :
Le site de l’Institut d’Études Économiques et Sociales pour la Décroissance Soutenable.
Le site consacré à Jacques Ellul.
Le blog de Pierre Rabhi.
Le site d’Objectif Décroissance.
Le site de la revue Entropia, revue d'étude théorique et politique de la décroissance.
De Christophe :
C. Aubert et N. Le Berrre, Faut-il devenir végétarien ? Pour la santé et la planète, Terre Vivante, 2007; et sous l'angle spirituel, Shabkar, Les larmes du Boddhisattva, Padmakara, 2005.
François Flahaut, Le crépuscule de Prométhée, Contribution à une histoire de la démesure humaine, Mille et une Nuits, Paris, 2008.
Isabelle Stenger, Au temps des catastrophes, Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, "Les empêcheurs de penser en rond", Paris, 2009.
De Frédéric :
Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard, 2006 ; Petit traité de la décroissance sereine, Mille et Une Nuits, 2007.
Paul Ariès, La Décroissance : Un nouveau projet politique, Éditions Golias, 2008.
Le site de Paul Ariès.
Le site de Research & Degrowth (Recherche et décroissance). Latouche et Ariès sont tous deux membres du conseil scientifique de Research & Degrowth.
De Frédéric :
Les renseignements généreux.
De Kakudô
Le site d’une future conférence à Zurich en 2010 « L’altruisme et la compassion dans les systèmes économiques » (mais les tarifications proposées n’autorisent guère la participation des décroissants !).
Geneviève Azam, Entre croissance et décroissance, réinventer le politique. Texte téléchargeable ici.
Nicholas Georgescu-Roegen, Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie, Lausanne, Pierre-Marcel Favre, 1979. Livre téléchargeable ici.
Le site de Jean-Marie Harribey.
Le site de Jean Zin.
De Sylvain :
Objectif décroissance vers une société harmonieuse, sous la direction de Michel Bernard, Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, Éditions Parangon, 2003.
Je suis toujours à la recherche de travaux d’envergure d’économistes qu’il s’agisse de prôner ou de critiquer la décroissance. Il serait intéressant de confronter les deux points de vue.
Jiun Éric Rommeluère
- 01:27
- rubrique Le bouddhisme engagé (Le Seuil)
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Vendredi 01 Janvier 2010
Une autre année qui vient
Jiun Éric Rommeluère
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En bref...
Pour m'écrire :
eric (at) zen-occidental.net
Photographie © H. Triay
J'animerai dans les trois prochains mois :
Une journée de méditation le 20-02-10 à Bruxelles
Une journée de méditation le 27-02-10 à Paris
Une journée de méditation le 13-03-10 à Nantes
Une journée de méditation le 27-03-10 à Paris
Une journée de méditation le 17-04-10 à Paris
Une journée de méditation le 24-04-10 à Bruxelles
Une journée d'étude le 25-04-10 à Bruxelles
Toutes les inscriptions se font en ligne. Pour en savoir plus :
Un Zen Occidental, 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris.
Tél. : 01 40 44 53 94.
info (at) zen-occidental.net
Aux Éditions Grasset & Fasquelle (1995) :
Aux Éditions Hachette (Livre de Poche, 1997) :
Aux Éditions Larousse (en collaboration, 2005) :
Aux Éditions du Seuil (2007)
(cliquez sur la vignette) :
J'écris actuellement un nouveau livre pour Les Éditions du Seuil (à paraître en 2011) :
Le bouddhisme engagé
Voulez-vous me soutenir tout au long de l’écriture de ce livre ? Des explications. Lire l'avant-propos.
Dons reçus à ce jour (le 9) pour Février 2010 : 414 €
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