Le bouddhisme est-il un pessimisme ?
En septembre dernier, Guy Birenbaum arrêtait « Le blog NRV », un blog de réflexions essentiellement politiques pour le journal « 20 minutes ». Le blog s’est depuis perpétué à l’adresse http://nrv.blog.20minutes.fr avec des billets de lecteurs de Guy Birenbaum.
Le 8 décembre 2007, un billet incongru de quelques lignes vite et mal écrites fut publié sur ce blog sous un titre abscons : « La première vérité sainte ou l’ontologie bouddhique » :
Ce billet serait vite passé inaperçu s’il n’avait pas immédiatement repris dans les Google news (le blog de Guy Birenbaum avait été indexé dans le service Actualités proposé par Google France), créant de-ci de-là quelques émois. Il y avait de quoi : reprenant toutes les méprises et approximations qui semblent directement recopiées des diatribes anti-bouddhiques du 19e siècle, l’auteur anonyme de ce billet nous assène que le bouddhisme est, je cite, « un pessimisme profond ».
Je suis bouddhiste. Appartiendrais-je donc à la secte des « pessimistes profonds » ? Le bouddhisme ne relève ni d’une croyance ni d’un état d’âme. Ce n’est rien d’autre qu’une pratique d’éveil. Je suis bouddhiste si je sais pleinement, instant après instant, entendre l’appel de l’instant. L’instant m’interpelle, il appelle à la transformation, à l’engagement, à la plénitude et à la joie aimante. Seuls les habitudes, les conformismes, les peurs nous font croire que l’instant n’est qu’un simple passage entre l’avant et l’après. L’instant est riche de son passé, l’instant est riche de son futur. L’éveil n’est pas à l’intérieur de moi-même, l’éveil n’est pas à l’extérieur de moi-même. L’éveil existe quand je sais rencontrer l’instant, l’activer dans toutes ses potentialités.
Bon nombre de traditions religieuses sont fondées sur la croyance en un double monde. Le monde d’ici, celui que nous connaissons, et un autre monde, en deçà ou au-delà du monde vivant, le plus souvent accessible après la mort. La vie religieuse est alors conçue comme une vie préparatoire ou annonciatrice de l’autre monde. Dans la tradition zen, nous ne croyons pas à un autre monde. Quant à ce monde-ci, nous n’avons aucun jugement de valeur : est-il bon ? est-il mauvais ? Ces jugements, plutôt que de nous renseigner sur la réalité la dissimulent à nos yeux obscurcis. Pratiquer le bouddhisme n’est rien d’autre qu’un mouvement qui nous entraîne à la compréhension et à la transformation de nous-mêmes et du monde. Le pessimisme, lui, est une merveilleuse invention pour nous empêcher de nous coltiner au réel.
Éric Rommeluère
le 10.12.07 à 15:22
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