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J'ai deux kôans à vous dire...
Le blog zen d'Éric Rommeluère

Scène ordinaire de la vie tibétaine

Il y a quelques jours, des pélerins tibétains dont des jeunes enfants ont été la cible de garde-frontières chinois. Un adolescent de 17 ans a été abattu et une vingtaine de personnes faites prisonnières. Les pélerins se rendaient à Dharamsala, en Inde, où réside le Dalai-Lama.

En mai 2000, j'étais à Dharamsala avec Jean-Paul Ribes, président du Comité de Soutien au Peuple Tibétain. Nous avions rencontré quatre ou cinq jeunes femmes, des moniales d'à peine 17 ou 18 ans. Elles venaient de traverser à pied l'Himalaya depuis leur lointain monastère des hauts plateaux pour rejoindre seules l'Inde, un pays libre.
Ignorant tout de l'Occident et même de la vie en Inde, elles venaient d'arriver la veille. Elles ne parlaient, bien entendu, que le chinois et le tibétain. Dans leurs yeux, il y avait tout à la fois de la détresse et de l'espoir. Elles étaient parties pour un voyage sans retour, soit elles traversaient saines et sauves les montagnes, soient elles mourraient de froid, sous les balles ou, au mieux, étaient incarcérées pour de longues années. Elles laissaient derrière elles leurs familles qui, sans doute, furent persécutées. Elles se tenaient les unes aux autres et ressemblaient à des moineaux apeurés. Je pense parfois à elles. Que sont-elles devenues ?

Des Tibétains protestent contre les violences chinoises à Dharamsala (une vidéo sur le site du Monde)


Ajout du 28 octobre :

Devant le Jokhang, au coeur du vieux Lhassa, un moine solitaire qui clame le droit à la liberté pour les siens, avant d'être prestement emmené par les forces de l'ordre chinois ; un autre moine tibétain arrêté à Karzé, dans le Séchouan, parce qu'il avait dans sa cellule une photo du dalaï-lama ; un autre encore incarcéré parce que soupçonné d'avoir distribué des tracts réclamant le respect des libertés au Tibet ; quatre ans et demi de prison pour l'activiste aveugle qui demande justice à Pékin contre les stérilisations et les avortements forcés des femmes de sa province natale ; répression brutale de toute velléité de protestation des travailleurs que l'on «oublie» de payer des mois durant : il ne fait pas meilleur, plutôt pire, de vouloir être respecté dans la Chine de Hu Jintao que dans celle de Deng Xiao-ping...

"Le Tibet se meurt de nos silences", une tribune de Claude B. Levenson parue hier dans Libération. Lire la suite.

Eric le 26.10.06 à 10:00 dans La vie de la cité - Version imprimable
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Commentaires



Nous sommes allé une semaine au Tibet en Août. Les chinois y appliquent une politique de développement très hypocrite mais très efficace, détachant des populations entières de provinces de Chine pour occuper des villes nouvelles atroces en pleine campagne où aucun tibétain ne vit, forçant les tibétains à quitter leurs villages qui seront démolis pour se regrouper autour de la route, développant le tourisme chinois de masse au détriment des lieux sacrés, parquant les pèlerins dans des camps, etc.... Les lieux sacrés, comme le Potala ou le Palais d'Eté, ne sont plus accessibles aux tibétains car le prix d'entrée est extrêmement élevé. Les tibétains sont en dehors de toute activité économique et surtout politique. Les chinois sont maintenant plus nombreux que les tibétains, le chinois est la langue officielle, notamment à l'école et dans l'administration.

Les tibétains m'ont donné l'impression d'attendre comme s'ils étaient certains que tout pouvoir dictatorial se dévore de lui-même. Les tibétains ont une pratique de la compassion qui s’inscrit dans le temps infini. Il ne sont pas dupes et souffrent énormément de voir leur vie et leur culture autant méprisée et maltraitée. Le tourisme chinois a remplacé l’armée rouge avec autant d’efficacité destructrice ! Les tibétains ont une pratique de la compassion qui s’inscrit dans le temps infini.

Les relations avec les tibétains sont extrêmement surveillées et il n’est possible de correspondre avec eux ni par courrier, ni par mail ni par téléphone. Comme ma femme et moi-même travaillons en Chine, nous ne pouvons pas exprimer sur notre blog ce que nous pensons de la situation. On s’imagine mal en France ce que peut être la capacité de surveillance de la Chine. C'est certainement la dictature la mieux organisée de l'histoire.

Cette rencontre avec le Tibet et les tibétains nous habite maintenant comme une immense tristesse.

Serge

serge-r - 27.10.06 à 08:48 - # -

les réfugiés tibétains de Ladakh

Peut être que ces deux nonnes furent accueillies dans la communauté tibétaine de Leh au Ladakh, la région himalayenne de l'Inde. C'est un lieu qui, à mes yeux de touriste, respirait une forme de bien-être ; il y avait une très grande école, ouverte à tous, où les enfants paraissaient étonnement libres et bien dans leur peau. Les mamans tibétaines étaient splendides dans leurs costumes semi-traditionnels qui auraient fait un tabac dans un défilé de mode. Il y avait abondance de petits magasins et guesthouses où les touristes venaient déguster des momos et dormir sous des couvertures assez sales, pour un prix relativement cher. Partout la photo du Dalaï-Lama et des personnes agées en pratique religieuse.

Les gens étaient fiers et quelque peu distants avec ces étrangers qui leurs tournaient autour.

En même temps, c'était clair que le gouvernement indien et l'apport occidental les aidaient à survivre, s'organiser et même parfois à prospérer. Tant mieux pour les deux petites nonnes, mais cela ne changera pas le drame de la cruauté chinoise subite par le peuple tibétain, à mes yeux non"acceptable".

delphine-d - 29.10.06 à 09:23 - # -

Ladakh

Delphine,

Je suis allé trois fois au Ladakh (sans passer par les tours-opérateurs, seul ou en famille) ces 10 dernières années, et à chaque fois il change bcp, même si la bonne humeur et l'accueil restent les mêmes.

On peut maintenant y dormir dans des hôtels luxueux (pour la région) et magnifique (je pense au Dragon Hôtel tenu par mon ami Mohuidin Gulam qui travaille avec Nouvelles Frontières) et dans des draps propres ;-)

Les gens sont toujours fiers (au sens noble du terme, pas prétentieux) mais peu distants avec les touristes car maintenant bcp en vivent (surtout à Leh).

Le revers de tout cela c'est qu'il y a une augmentation un peu "folle" des automobiles (à mon premier voyage il n'y avait que qq vieilles voitures ou jeeps, maintenant ce sont des flottes de jeeps ou voitures japonaises) donc plus de routes construites dans des conditions ahurissantes par des indiens du Bihar, un début de motorisation de l'agriculture, de la pollution, un dancing, des boissons alcoolisées (bon ils connaissaient déjà bien avec le chang) et des bagarres

J'ai peur lors d'un éventuel futur voyage d'y voir un Mac Do à 3 500m d'altitude !

Le revers du revers (cela doit s'appeler l'avers ? ;-) ) c'est que les populations se regroupent doucement mais sûrement dans des associations écologiques et surtout les femmes y ont une vie associative de préservation de la cutlure très riche.

Cordialement à vous tous

Frédéric

frederic-b - 30.10.06 à 09:28 - # -

J'aimerais revenir sur ce que j'ai écrit plus haut.
La tranquillité de notre jeune guide et du chauffeur, tibétains, leur connaissance claire de la situation, leurs exposés objectifs nous ont déniaisé. La guide argumentait peu, elle répondait seulement avec simplicité. Elle nous laissait juger par nous-même, jamais elle ne portait de jugement, elle respectait notre regard. Elle riait toujours en révélant pourtant le massacre culturel de son pays, comme pour dire : « mais qu’ils sont bêtes de s’acharner ainsi sur nous ! ». Progressivement il nous a semblé que les tibétains plaignaient les chinois de s’être ainsi lancé dans cette opération de colonisation. Lors de la visite d’une ville-nouvelle construite par 3 provinces chinoises et qui, quasiment vide, attendait encore ses habitants exclusivement chinois, nous avons ressenti leur regret que la Chine ait à se comporter avec autant de bêtise. Cette compassion dont parle si bien le Dalaï Lama, elle semblait naturelle chez eux, même et surtout envers leurs envahisseurs. J’ai alors compris que leur vision du monde et du temps était bien plus vaste que la notre, et que la compassion donnait des ailes.

serge-r - 07.11.06 à 19:05 - # -

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